14.08.2012

Karim a choisi Lajoux pour la vie

Text by Aline Fragnoli | Photos by Aline Fragnoli
Karim a 3 ans lorsque sa sS«ur contacte Feu et Joie et qu'il est accueilli dans une famille suisse. Aujourd'hui, il vit avec sa femme et ses deux filles dans le village dans lequel il n'était que censé passer ses vacances. Pour lui, l'association a plus que fait valoir et respecter ses droits d'enfant; elle lui a permis de rencontrer cette vie, qu'il trouve fabuleuse.
Lorsque Karim parle des personnes avec lesquelles il a grandi et qu'il considère comme ses frères et sŠ“urs, c'est avec un immense respect.
Immagine: Aline Fragnoli

Karim Aouine a 41 ans, habite à  Lajoux (JU), le village dans lequel Paul et Gilberte l’ont accueilli. Du voyage, il ne se souvient pas de grand-chose, mais de l’arrivée, l’enfant retient bien le changement de paysage. Il se rappelle également la gare de Delémont et de la salle d’attente en bois qu’il pourrait nous décrire minutieusement, tant elle l’a marqué; des noms d’enfants défilant ainsi que de ceux des familles d’accueil. Il prêtait aussi attention à  l’accent, à  la manière de parler. «Et les premiers mots, la gentillesse qui sortaient de la bouche de Gilberte», ajoute Karim.

 

Une deuxième maman

Le garçon, alors âgé de seulement 3 ans, ne s’attendait pas à  tant d’amour de la part de Gilberte, celle qu’il considérera par la suite comme une deuxième mère. Enfin, l’arrivée dans la ferme lui semble encore aujourd’hui sublime, un souvenir partagé par tous les enfants qui l’attendaient. Il reviendra plusieurs fois à  Lajoux, toujours pour y passer ses vacances. Et, c’est à  23 ans, qu’il décidera de s’y établir.

 

Adaptation pour Karim

Le couple ayant des enfants, dont un garçon en bas âge, n’ont pas eu problème pour accueillir Karim. Ils étaient équipés. «C’était un plaisir d’avoir à  nouveau un petit», nous confie Gilberte. Lorsque Karim venait séjourner dans sa famille d’accueil, il en devenait le cadet. Ce qui changea de ses habitudes, puisqu’à  Paris il était entouré de quatre petits frères et sŠ«urs en plus de deux aînés. Le garçon n’avait donc plus à  s’occuper de ses cadets, mais uniquement de lui-même. Et l’attention que lui témoignaient Paul et Gilberte, a été une véritable chance pour lui.

 

De nouveaux vêtements

Lorsque Karim  parle des personnes avec lesquelles il a grandi et qu’il considère comme ses frères et sŠ«urs, c’est avec un immense respect. Particulièrement de Jean-Paul qui était le plus jeune des enfants. Ce dernier a accepté de partager sa place de cadet avec Karim. «Ça, c’est aussi quelque chose que j’aimerais dire au sujet de Feu et Joie: l’enfant s’adapte à  l’environnement. L’enfant de Feu et Joie s’adapte à  la Suisse», résume Karim.

Lors de ses retours à  Paris, Karim racontait ses histoires comme les mille et une nuits. «Ma famille de Paris a rapidement compris l’apport que j’avais en venant ici. J’étais heureux, j’avais de nouveaux vêtements, j’avais même pris quelques kilos»,dit Karim. Mais ce n’est même pas tant cette situation matérielle qui l’a le plus touché. C’est une richesse autre: celle du cadre familial que lui offrait Feu et Joie.

L’enfant qu’il était a appris de véritables valeurs lors de ses échanges avec sa famille d’accueil. Et lorsqu’on demande à  l’intéressé, si la relation qu’il entretenait avec sa famille d’accueil ne déroutait pas sa famille à  Paris, il nous répond: «Le rapport entre ma famille suisse et ma famille parisienne a été accepté, reconnu et jamais remis en cause». Le sentiment est aussi partagé par sa famille d’accueil. D’ailleurs, toutes deux s’entendent très bien. Karim a donc tiré profit des deux éducations qu’il a reçues. Au lieu de les mettre en opposition, il a eu le tact de prendre les avantages de chacune pour se forger.

 

Chance réciproque

L’interview arrive à  sa fin, il y a beaucoup d’émotion autour de la table. Lorsqu’on dit à  Gilberte, que Karim a eu énormément de chance de les rencontrer, elle et son mari, elle répond avec humilité que la chance était toute réciproque. Et pour finir, Paul, lui, se retourne face à  Karim et lui dit d’une sincérité qui émeut: «Tu as vraiment été adopté. On ne peut que te dire merci».

 

 


 

Info

Young Reporters est un projet de l’ONG Plan International Suisse, qui recrute des jeunes de 12 à  18 ans intéressés à  traiter de sujets en lien avec les droits de l’enfant. Sollicité pour servir de soutien, Le Journal du Jura a accueilli une journaliste en herbe jurassienne, qui a choisi de parler de Feu et Joie à  travers une expérience de vie émouvante. Dans une volonté de soutenir ces reporters en herbe, Tink.ch publie également leurs contributions. Plus d’informations sur le projet Young Reporters sur le site internet de Plan Suisse.

Ähnliche Artikel