30.05.2012

Les symboles européens en chute?

Le symbole est une réalité abstraite que les individus utilisent depuis toujours. L'Europe s'est construite sur une base économique, on le sait, mais la symbolique a joué un rôle très important dans son édification. La question est de savoir si, aujourd'hui, cette symbolique est toujours aussi importante dans une Europe qui va mal. Pour nombre de politologues, la réponse est non.
"La crise qui frappe l'Europe depuis quelques années contribuerait également à  éloigner le citoyen de certaines valeurs de l'Europe." (image : blog.ibs-b.hu)

L’Europe possède plusieurs symboles, tels que le drapeau, l’hymne, les lieux de mémoire, les héros de l’histoire ou encore la monnaie unique. Depuis les années 50, ces symboles sont apparemment devenus moins importants. Selon Harmut Kaelble, politologue célèbre, ils sont devenus des objets d’économie de tourisme. Il cite l’exemple de certains projets culturels européens, devenus des publicités commerciales pour certains pays et qui participent à  l’économie touristique. C’est le cas notamment des drapeaux ou encore des monuments historiques. Devenus instruments de commercialisation dans le nouveau marché européen, ceux-ci perdent de leur valeur et de leur histoire commune.

 

La quasi absence des lieux de mémoire, ou l’ambiguïté qu’ils représentent, de l’unité européenne montre que la conscience d’une communauté partagée n’a pas encore submergé les peuples européens. Toutefois, les célébrations de l’Europe existent. Citons pour exemples cette fameuse date du 9 mai 1950, décrétée Journée de l’Europe, l’anniversaire de la remise des passeports européens, du permis de conduire européen ou de la signature des traités de Rome.

 

Ils sont toujours là , mais réinterprétés

Les symboles européens existent toujours, mais ont changé de caractère. Ceux des années 50 et 60 étaient dits, plus «ouverts» et moins exclusifs. Dans la convention des droits humains, il est mentionné le terme «d’universalité des valeurs» : l’Europe a un héritage commun qui doit être partagé. Aujourd’hui, les symboles créés dans les années 80 – le passeport, la monnaie et le drapeau- sont plus exclusifs et fermés. Par exemple, le drapeau est seulement montré dans les Etats membres, le passeport donne le droit d’entrée dans certains pays mais pas dans d’autres, et l’euro peut être utilisé seulement dans les pays de la zone.

 

Ignorance inconsciente des symboles

Malgré tout, ces symboles sont aujourd’hui de plus en plus utilisés et davantage visibles dans la sphère publique européenne. Mais cette intensité symbolique dans la vie quotidienne de tout citoyen européen pourrait désensibiliser la perception que ce dernier en a. En effet, à  force de les voir, leur impact pourrait devenir moins important et significatif chez l’individu. Les symboles européens se sont «normalisés» et ancrés dans la vie des gens, mais restent tout de même débattus et réinterprétés par les citoyens, les sociétés civiles, les intellectuels et les politiciens. Leur interprétation reste en effet avant tout personnelle, bien que leur objectif soit de créer des valeurs collectives.

 

La crise, facteur d’éloignement

Enfin, la crise qui frappe l’Europe depuis quelques années contribuerait également à  éloigner le citoyen de certaines valeurs: le doute s’installe. La perte de confiance en l’euro engendrerait une perte de confiance du système en général. Cette nouvelle monnaie illustre également la problématique de la future Europe, qui nécessitera une multiplication des échanges entre ses peuples et ses cultures pour donner lieu à  une forme d’identité libre et multiculturelle. Ainsi, les symboles perdraient de leur valeur au profit d’une ouverture vers les autres peuples. Ouverture générée par l’effet de globalisation et poussée vers une réalité qui reste loin des discours des dirigeants européens.

 

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