28.11.2011

Fini les tampons !

Text by Laura Andres
Saviez-vous qu'une femme utilisera entre 10'000 et 16'000 protections hygiéniques dans sa vie? Que les tampons sont blanchis avec de l'herbicide et contiennent de la dioxine?
"...je n'ai jamais vu une seule femme affirmer qu'elle préférait les protections habituelles." (photo : easycup.fr)

 

Forte de ce constat, je décide un beau jour que plus jamais je ne contribuerai à  l’une des industries les plus polluantes au monde (et des plus lucratives, puisque seulement trois entreprises se partagent le pactole) et me lance dans la difficile quête de règles respectueuses de l’environnement. Mais il est long et sinueux, le chemin qui mène au Graal menstruel ; dans un monde où téléphone, ordinateur, console vidéo et baladeur sont contenus dans un seul et unique appareil, il est pourtant encore difficile d’être confortable et à  l’aise durant ses règles. Si Steve Jobs avait été une femme, croyez-vous qu’on en serait encore là ?

 

Je déchante rapidement en visitant les supermarchés, où le rayon d’hygiène intime n’est qu’un alignement de deux produits (tampons et serviettes) simplement déclinés dans des dizaines de variantes plus ou moins utiles (une serviette pour string noir, sérieusement?) Je finis par trouver des serviettes et tampons en ouate naturelle ; mais à  moins que la Terre ne se transforme en un vaste champ de coton (à  l’exception de la Suisse, bien sûr), je ne crois pas que cette solution soit applicable à  long terme, sans vouloir être pessimiste.

 

Nullement résignée, je commence une recherche sur internet, réalise bien vite que je ne suis pas la seule à  être en quête de mieux ; et sur les forums, chacune y va de sa petite méthode. Il y a celles qui cousent leurs propres serviettes en tissu, ou qui les achètent telles quelles, comme nos grand-mères autrefois. Les fans de couture apprécient peut-être, mais je dois dire que mettre ça dans ma machine à  laver…très peu pour moi (je m’imagine déjà  expliquer tant bien que mal à  mon copain pourquoi ses chaussettes ont pris une teinte brunâtre).

 

Il y a celles qui mettent une éponge à  la place du tampon. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre comment ça marche, et apparemment c’est très confortable. D’une durée de vie d’environ six mois, c’est très hygiénique à  condition de la désinfecter avant et après chaque utilisation. Précision : quand je dis « éponge », je parle bien de l’animal, et non pas de l’éponge que vous utilisez pour nettoyer vos casseroles ou vos toilettes. Voulant examiner toutes mes options, je continue mes recherches. Et le Graal menstruel s’avère bel et bien être une coupe.

 

La coupe menstruelle est tellement pratique et écologique qu’il est scandaleux que je n’en aie jamais entendu parler auparavant, alors que sa création date de 1867. C’est une coupe en silicone médical ou en caoutchouc naturel, plus ou moins large et allongée, et toutes celles qui l’essaient l’adoptent. Le tout est de se lancer, car beaucoup seront peut-être rebutées par le côté «  je suis à  l’aise avec mon corps et je n’ai pas peur de voir à  quoi ressemblent mes règles ». En fait, beaucoup de femmes se réconcilient avec leur féminité grâce à  la coupe qui, au lieu d’en faire quelque chose de sale et de malodorant qu’on jette dans les toilettes (comme pour les protections traditionnelles), nous permet de mieux comprendre nos règles en les visualisant. Littéralement. (Et là , si des hommes étaient encore en train de lire cet article, ils ont dû définitivement refermer leur navigateur.)

 

C’est un objet plutôt étrange au premier abord, de forme évasée, qui se met à  la place d’un tampon ; plus large (mais moins que l’engin de Monsieur), on l’insère pliée et elle se déploie toute seule. Ensuite la coupe récolte le sang comme de l’eau de pluie et il suffit de la vider et de la rincer avant de la remettre en place. Le principe est simple, toutefois il faut un peu d’entraînement avant de maîtriser la mise en place. Cette coupe a tous les avantages et presque aucun défaut : avec une très grande contenance elle ne se vide qu’une fois toutes les douze heures ; elle est facile à  entretenir, confortable, hypoallergénique ; on peut la transporter toujours avec soi de façon discrète, elle est invisible, elle s’oublie, on peut la mettre avant le début des règles et on peut même s’amuser à  collectionner les différentes marques et couleurs existantes (bon, j’avoue que c’est totalement inutile, mais tellement fun d’avoir une coupe avec des paillettes…).

 

La coupe menstruelle c’est comme le sexe : la première fois on a peur, et ça peut même être une catastrophe, mais cela ne nous empêche pas de recommencer jusqu’à  ce qu’on ne puisse plus s’en passer. Si le coup de main n’est pas forcément évident à  attraper pour la poser, je n’ai jamais vu une seule femme affirmer qu’elle préférait les protections habituelles.

 

Son plus grand défaut est sans doute d’être si méconnue, ce qui explique que ses adeptes prennent l’initiative de faire campagne pour elle à  travers un site, un forum, et même une plateforme wiki (www.easycup.fr). Moi-même qui ne cherchais qu’un moyen de polluer moins, je me suis sentie prise d’une fièvre féministe et d’une envie folle de proclamer ma nouvelle liberté au tout-venant afin de convertir le plus de monde possible (oui, je parle toujours des ragnagnas et non, je ne fais pas partie d’une secte).

 

Mais le prix, me direz-vous. Elle coûte entre 15 et 45 euros sur internet et dure 15 ans. Qui a dit que l’écologie était un luxe?

 

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