02.08.2011

Le quotidien des requérants

6 mois de volontariat avec le SCI dans un Centre pour Requérants d'Asile au Centre de Belfond à  Goumois, Jura.
Fou-rires lors d'un après-midi disco au soleil Promenade entre les Muriaux et Belfond Visite d'une colonie de vacances et journée sport sous la pluie

Le Jura, nature tranquille et généreuse

Le Creux-des-Biches, les Emibois, le Noirmont, tant de noms poétiques avant d’arriver à  mon nouveau chez-moi. Saignelégier, près de 2500 habitants pour une ambiance de village, mais un centre culturel, social et sportif clé au sein des Franches-Montagnes. Puis, encore 10 minutes de voiture dans des lacets en pleine forêt avant d’arriver à  bon port. Le Centre de Premier Accueil pour les Requérants d’Asile du Jura se situe à  Belfond, à  2 minutes de la frontière française, surplombant le Doubs, dans une cuvette dégagée entourée de quelques fermes et d’une demi-douzaine de chamois cherchant l’herbe à  travers le givre des hivers rigoureux jurassiens.

 

Premières impressions

Des dizaines d’yeux se tournent vers moi et presque immédiatement tout autant de sourires. Plus de 40 requérants vivent ici. Des hommes surtout, mais aussi quelques femmes et enfants qui ravissent de leurs frasques et tendresse, même les cŠ«urs les plus durs des nombreux résidents. Ahmed, Good Luck, Mukunthan, Antigone, Pioter, les présentations sont faites. La communication est relativement facile. De nombreux requérants rentrent en Europe par les pays frontaliers de la Méditerranée. Ils se débrouillent en italien et en espagnol et viennent chercher l’asile suisse dans un deuxième temps. D’autres arrivent directement en Suisse et parlent français ou anglais et sinon, la communication devient plus imaginative, les mimes, les dessins, les requérants/traducteurs interposés, les coups de fils, toutes les idées sont bonnes pour se comprendre et parvenir à  expliquer le système de l’asile dans le Jura et le système de notre centre au quotidien.

 

Belfond, l’autre eldorado

Notre centre, une belle maison rénovée, une école magnifique et tout l’espace nécessaire pour les sports d’extérieur ; terrain de foot, volley, ping-pong et des possibilités de marches infinies. Finalement, retiré de tout mais petit paradis quand même. Sauf que beaucoup de requérants tournent en rond. L’envie de la ville, l’appât du travail, du gain, de la fête et simplement de la vie sociale sont ici contrariés. Beaucoup d’entre eux s’attendaient à  un eldorado européen, où le travail abonde et l’argent aussi, mais ils se retrouvent bloqués dans une maison, belle certes, mais écartée, où le contact à  la civilisation citadine relève du parcours du combattant. Mais cet isolement est aussi une sorte de protection temporaire, quelques mois passés à  l’abri des tentations de la grande ville. En somme, un peu de repos forcé, cours de français à  l’appui, avant d’être transféré à  Delémont.

 

Alléger le quotidien

Notre but ici, en tant que civiliste, c’est de nous occuper de ces gens, les accompagner au jour le jour. Comment acheter des légumes, trouver de la crème hydratante, aller chez le médecin, prendre un train. Tout est difficile quand on ne connaît ni le système, ni l’endroit, ni parfois même la langue. Alors nous sommes là , nous expliquons inlassablement comment fonctionnent la machine-à -laver, les procédures, les décisions négatives, les rendez-vous avec le service de la population. Notre rôle est de les accompagner dans leur quotidien et leur changer les idées. Alors tout est bon pour s’occuper; les promenades, les tournois de ping-pong, de babyfoot, les puzzles infinis, les cakes au chocolat, les visites d’entreprise, de villes, de musées. Il faut beaucoup de patience, d’entrain. On se surprend vite à  avoir beaucoup de tendresse pour toutes ces personnalités; les gentils, les timides, les invasifs, les durs, les maladroits. Et pourtant il faut toujours garder la distance et se protéger émotionnellement. Les situations dans lesquels ces requérants se trouvent n’obtiennent que rarement de dénouements heureux. Les décisions négatives, les aides d’urgence, les transferts vains, les retours forcés; les démarches de l’asile sont souvent éprouvantes. Alors il faut savoir doser l’attachement, le quotidien qui rapproche et le professionnalisme, qui se doit de rester fort et juste surtout dans ces moments difficiles.

 

Prendre le temps de décompresser

Certaines journées sont éprouvantes. Toujours devoir donner de soi, être là  pour tout. Ca devient des fois difficile de toujours répondre à  toutes les demandes, et parfois on se surprend à  être sec, on se sent devenir agressif. C’est là  qu’il faut savoir prendre le temps, laisser les gens attendre, pendant qu’on décompresse. Pour ça, il y a l’équipe, les collègues qui prennent le relais et puis les soirées dans le Jura, boire un verre au Café du Soleil, se promener dans les collines boisées et les champs que dominent vaches et chevaux. La Chaux-de-Fonds n’est pas loin non plus, ni Neuchâtel, l’occasion de revisiter ces villes charmantes aux ambiances tranquilles.

En 6 mois, j’ai rencontré près de 120 requérants, et presque tout autant de bons souvenirs de tant de personnalités, cultures et histoires forcées à  cohabiter dans un hameau improbable. Tout en sachant que la presque totalité de ces gens là  devront rentrer chez eux tôt ou tard. Peu de parcours se termineront bien, mais on n’y pense pas trop. A Belfond, le rythme se vit au jour le jour.

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