22.05.2010

Facebook m’a tué

Et si le réseau social était le responsable idéal pour tous nos problèmes ?

Le 12 mai dernier avait lieu à  Nantes un apéro géant, organisé via le réseau social le plus controversé du monde, Facebook. Si le terme « apéro » implique quelques verres d’alcool bus entre amis, la fête a tourné au rassemblement géant, et vite incontrôlable. En effet, près de 10’000 personnes se sont rassemblées dans les rues principales de la ville, un lieu donc non délimité. Si les autorités étaient présentes, les conséquences néfastes n’ont pas été évitées : nombreux déchets, accidents divers, comas éthyliques et même mort. Un jeune de 21 ans, suite à  une forte chute, est décédé le lendemain de la fête.

On se demande alors si les précautions prises par les organisateurs et par les autorités étaient suffisantes. Contrairement aux botellones organisés l’été dernier notamment à  Genève, où la fête se déroulait dans un endroit plus ou moins clôt – le parc des Bastions – l’apéro géant de Nantes avait lieu au cŠ«ur même de la ville, autour de sa place centrale. Il semble ainsi évident qu’un événement d’une telle ampleur est plus difficile à  gérer. D’ailleurs, les organisateurs des différents groupes et événements sur Facebook jouent avec les limites du légal : dissimulés derrière des pseudos (Alain Cognito, ou récemment à  Lausanne Alexandre le Grand etc.) ou même parfois sous une page blanche, et sans toujours demander l’approbation ni l’autorisation à  la ville, il est difficile d’identifier un responsable. Derrière la toile, on se permet nettement plus : sous couvert d’anonymat, l’internaute se déculpabilise, son identité s’efface et il s’autorise une plus grande prise de risque. On le voit particulièrement sur certains forums de discussion, ou plus simplement en commentaires anonymes sur des sites internet.

Là  surgit l’épineuse question de la responsabilité des organisateurs. Si ces rassemblements partent d’un concept censé être convivial, libre d’accès et gratuit, les buts réels de l’apéro sont vite dévoilés : « orgie » et « beuverie » sont des mots rapidement utilisés pour décrire la fête, et ce même par les administrateurs, et les conséquences ne sont pas assumées ni par les organisateurs, ni par les participants. Si chacun devait amener sa propre bouteille, très peu sont repartis avec. La quantité de déchet était énorme, et les conséquences humaines effrayantes : 1 mort, 50 comas éthyliques à  Nantes, nombreuses chutes dans la Loire, 41 personnes en garde à  vue et sans doute nettement plus d’accidents divers (intoxication, coupures, fractures etc.). D’autant plus que la grande présence de mineurs, à  qui la consommation d’alcool est censée être interdite en France, montre l’incapacité de contrôle lors d’un apéro réellement géant.

Mais peut-on réellement accuser les administrateurs du groupe Facebook ? Dans le cas d’une bataille de polochon géante, si l’un des participants tombe et se casse la jambe, les administrateurs de l’event sont-ils vraiment responsables ? Après tout, l’individu, passant d’internaute virtuel à  personne physique, est a priori libre et consentant. Après tout, le jeune, décédé suite à  l’apéro nantais, avait 2.4gr d’alcool dans le sang. Volontairement.

L’essence même du problème réside finalement dans l’outil utilisé pour organiser le rassemblement. Facebook, déjà  pointé du doigt quant à  sa protection aléatoire des données personnelles, à  ses groupes d’incitations à  la haine, et à  l’absence de maîtrise qu’ont les internautes sur les informations circulant sur eux-mêmes (photographies, vidéos et autres), se voit désormais accusé d’encourager les rassemblements immenses potentiellement dangereux. Même si, effectivement, la facilité de création d’une fête, et surtout de sa transmission quasi instantanée à  un nombre exponentiel de personnes rendent les proportions du moindre évènement gigantesques, Facebook est-il vraiment coupable ? Si, comme toujours lors d’accidents, les victimes détournent leur implication en accusant quelqu’un d’autre (dans la même idée, les adolescents de Colombine auraient massacré leurs camarades à  cause de Marilyn Manson…), incriminer les administrateurs du groupe pour la mort du jeune homme me semble quand même scandaleuse. Pour justifier son innocence, aurait-il dit « Facebook m’a tué » aux jurés lors du procès ?

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