16.10.2009

Gaspillage

Text by JGS
Un blouson noir, une pince monseigneur, pas trop de bruit. Il est 23h, Nicolas se prépare à  pénétrer le camion de la Migros verrouillé depuis peu avec de gros cadenas....

Un blouson noir, une pince monseigneur, pas trop de bruit. Il est 23h, Nicolas se prépare à  pénétrer le camion de la Migros verrouillé depuis peu avec de gros cadenas. Le contexte est posé, tu veux t’opposer à  un gaspillage odieux? D’accord, mais à  nos yeux tu deviens un voleur.

La récupération, le simple acte de recycler les biens de consommation dont la date de vente est dépassée est en passe de devenir un acte considéré comme illégal.

Loin de la réalité des grandes villes, où les structures officielles trouvent à  grandes peines des arrangements, un gaspillage qui dépasse l’entendement sévit dans la plupart des villages.

Nicolas n’est pas dans le besoin il fait le choix de s’opposer à  un système lacunaire. Ce soir, il mangera quelques légumes et des produits laitiers, le tout étant dans un état irréprochable. Malheureusement, ce type de recyclage devient de plus en plus difficile. La police est déjà  venue l’avertir: il doit arrêter. Nicolas a beau expliquer l’absurdité d’appliquer la propriété privée sur des poubelles, les forces de l’ordre approuvent son point de vue mais c’est la loi.

Pour continuer, il devrait faire face aux plaintes pénales et il est évidemment très difficile de lutter contre une multinationale aux crédits quasi-illimités. Une question se pose: Le bien de consommation invendable pert-il son statut de nourriture? Et surtout: Est-ce à  une entreprise à  raison lucrative d’en décider?

Les entreprises à  but lucratif réfléchissent en termes monétaires, cependant la nourriture est un bien vital. Est-il concevable d’après vos valeurs, qu’en Suisse, malgré notre devoir d’être en avance au vu de notre situation économique, nous restions bloqués dans de vieilles habitudes ?

De plus les gérants sont tributaires des droits concernant les “déchets”. Il est simple de conclure qu’une personnes dotée d’un capital équivalent à  zéro n’a pas les moyens d’investir dans de la nourriture, donc si elle n’a pas l’occasion de récupérer une des seules alternatives est malheureusement le vol. Certains m’ont confié qu’ils y trouvent une revanche face aux commerçants de grande échelle… Je ne fais en aucun cas l’éloge de ce comportement mais il soulève un autre pourquoi. Celui du comment agir face à  une telle arrogance et à  un si maigre désir de collaboration? On aura souvent entendu parler de manque à  gagner, mais pensez bien que lorsque que vos actifs sont nuls vous n’êtes évidemment pas en mesure d’investir et que si vous êtes mesure de le faire, ce sera ailleurs.

Dans les faits, chaque année jusqu’à  250’000 tonnes de denrées alimentaires en excellent état sont détruites par des producteurs ou des distributeurs et environ 3’285 tonnes sont récupérées en Suisse, autrement dit 1,34%. Honteux. De plus, ce sont des comparaisons entre les chiffres donnés par l’entreprise Coop.

Et nous, en joyeux petits moutons derrière nos caddies pleins. Concrètement, je demande quel est le travail d’une entreprise qui prend la responsabilité de gérer un approvisionnement en nourriture, si il consiste en priorité à  réaliser des bénéfices hors du commun? Ou alors à  assurer une bonne gestion des denrées?

La récupération c’est aussi un thème abordé depuis quelques années dans les médias, toujours à  mi-voix. Un thème qui touche étonnement peu le lectorat qui évidemment, tant qu’il mange à  sa faim s’y sent étranger.

JGS

Sources:

-> http://www.coop.ch/pb/site/common/node/71796/Lfr/index.html
-> http://www.verts.ch/web/gruene/fr/positions/environnement/climat/agrocarburants/communiques/nourrir-humains-pas-voitures_15-04-08.html

 

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