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Rien ne s’oppose à la nuit, un roman de Vigan

Écrire le récit d’une vie déséquilibrée, récolter les fragments d’une existence brisée frôle la difficulté de raconter un rêve: dans les deux cas, le fil rouge est absent. Puis comment saisir une personnalité qui échappe à tout le monde ou dont chacun détient sa propre version? Le défi est de taille. Un obstacle qui n’est pas sans rappeler Vintangelo Moscarda, le personnage le plus complexe des romans de l’écrivain italien Pirandello. En somme, personne ne nous connaît, nous ne connaissons personne.

Pourtant, Delphine de Vigan n’abandonne pas. Les nombreuses recherches, discussions et réflexions qu’elle a menées lui ont permis de retracer, petit à petit, le chemin obscur emprunté par sa mère, Lucile Poirier.

Le récit commence par l’enfance de Lucile: elle fait partie d’une famille qui a l’air unie extérieurement, mais qui se trouve complètement démolie intérieurement. Beaucoup de naissance voient le jour, mais des pertes douloureuses et récurrentes surgissent. Dans ce chaos familial, Lucile a l’air distante, solitaire, isolée. Elle parle peu, ses pensées sont dures à cerner. Mais l’enfant attire par sa beauté, par son mystère. Ces atouts ne feront toutefois pas son bonheur, loin de là.

L’âge de l’indépendance arrive cependant, l’aînée de la famille s’envole vers une nouvelle vie, mais l’atterrissage est brutal. Le reste du peu d’énergie juvénile de Lucile se dissipe dans une douce dépression ou dans un sentiment semblable sur lequel sa fille tend désespérément de mettre le doigt. Une vie plus remplie de tristesse amère que de joie s’ensuit.

Le livre est composé d’un double récit: celui de l’existence de Lucile Poirier et celui du projet d’écriture de grande envergure auxquels se livre Delphine de Vigan. Ainsi, la biographie se transforme en un réel questionnement autour de la capacité d’expression qu’offre l’écriture. Le caractère ambivalent et imprévisible de sa mère qui lui rend la vie finalement impossible, l’auteure le transcrit par une écriture crue comme celle de Duras. Finalement, la question la plus complexe de toutes à résoudre n’était-elle pas celle de trouver le moyen de dire l’indicible, de trouver une forme d’écriture à une douleur qui crève le cœur comme un poignard?

Retour sur “Danse de la réalité” de Jodorowsky

La danza de la realidad est un retour sur l’enfance dure que le réalisateur a passée dans sa ville natale de Tocopilla, au Chili. Nous sommes dans les années 1930, Jaime Jodorowsky, le père d’Alejandro, est un juif russe émigré. Prônant le communisme stalinien, il éduque son fils avec brutalité et insensibilité. Il n’est fier d’Alejandro que lorsque ce dernier obéit à ses ordres. Aspect intéressant: le père d’Alejandro Jodorowsky est joué par le fils de ce dernier, Brontis Jodorowsky. Ainsi, le film devient également une expérience psychologique qui consiste en un affrontement entre père et fils.

Poussé par ses croyances politiques extrêmes, Jaime décide ensuite d’abandonner sa femme et son fils afin d’assassiner le dictateur chilien Carlos Ibanez. Alejandro, triste du départ de son père, se sent tout de même soulagé à l’idée de rester uniquement avec sa mère, Sara, qui le couvre de douceur. Ces deux caractères opposés incitent le spectateur à réfléchir au sujet de l’éducation: l’autorité est-elle le seul moyen d’élever son enfant?

Le projet de Jaime vire cependant à l’échec: au moment d’appuyer sur la détente de son revolver pour tuer le président chilien, ses mains se paralysent. S’ensuit un retour difficile à Tocopilla: sans argent, torturé par les fascistes, le père Jodorowsky est libéré grâce à la chute de la dictature. Arrivé enfin à destination, anéanti, Jaime s’émancipe de ses idéologies communistes avec l’aide de sa femme et se retrouve de cette façon complètement changé. Comme le met en évidence le réalisateur, il ne s’agit pas d’accepter ou de détruire une personne, mais d’ouvrir son cœur.

Dans cette ambiance sombre, des couleurs surgissent néanmoins: des déguisements et de la magie apportent une touche poétique à ce récit sombre. Des scènes artistiques apparaissent, comme celle où la mère d’Alejandro peint son enfant en noir afin qu’il évite d’être effrayé par l’obscurité. Ce long-métrage mêle donc fiction et réalité, illusion et vérité.

Le triptyque d’Alexandre Jodorowsky exerce finalement une ouverture d’esprit en libérant l’être humain de ses préjugés familiaux, sociaux et culturels. Le choix d’un enfant qui grandit comme protagoniste indique également une quête de soi. D’après la vision du monde du réalisateur, l’homme connaît le monde quand il se connaît soi-même.

Le cannabis, un danger exagéré?

«Le cannabis en Suisse a malheureusement été classé avec le niveau de dangerosité le plus élevé». Jeudi dernier, jour d’ouverture de la Session des jeunes, Ruth Dreifuss, présidente de la Comission mondiale sur la politique des drogues et Thomas Siegrist de l’Office fédéral de la santé publique déplorent la situation pénale de la consommation du cannabis en Suisse. Devant un groupe de 17 jeunes romands entre 15 et 22 ans, ils évoquent la possibilité d’une dépénalisation et régulation de la consommation du cannabis en Suisse. Ruth Dreifuss estime que la définition des drogues et de leur niveau de dangerosité nécessite une analyse très sérieuse au niveau de la consommation. «Le cannabis a été classé comme extrêmement dangereux, alors que scientifiquement l’alcool et le tabac sont en-tête au niveau de nocivité pour la santé de leurs consommateurs», soit un «paradoxe» selon elle.

Devant le discours de Ruth Dreifuss, nombreux sont les jeunes à acquiescer sur une nécessité de dépénaliser la consommation de cannabis. Alexandre, 18 ans de Nyon, pense que la dépénalisation permettrait de diminuer le marché noir et la criminalité en règle générale, une meilleure hygiène relativement aux seringues et un avantage au niveau économique pour l’Etat qui pourrait bénéficier d’un revenu en plus.

Dans le cadre du débat, plusieurs jeunes font une différence entre drogues «dures» et drogues «douces», en plaçant le chanvre dans cette dernière catégorie. Il y a donc une vision plus tolérante quant à sa consommation. Bien qu’Alexandre fasse une différence entre les deux types de drogues, il souhaite cependant toutes les légaliser pour que l’État puisse mieux en contrôler le marché.

Une hérésie selon Virna, 21 ans de Genève, qui considère que toutes les drogues sont à mettre dans le même panier. Elle est une des rares du groupe à être plutôt contre la dépénalisation de la consommation de cannabis, car elle aurait peur d’un changement sur le plan criminel. «Les vendeurs de cannabis se réinventeraient en vendant d’autres drogues aux effets potentiellement plus dommageables. La dépénalisation pourrait aussi amener un autre effet indésirable: le tourisme de consommation, comme à Amsterdam», a déclaré Virna.

Pour Sami, 18 ans de Genève, c’est un problème complexe qui comprend beaucoup de paradoxes: «Ça m’arrive rarement d’être mitigé comme ça sur un sujet». Selon lui, la légalisation de la consommation du cannabis aurait des effets négatifs sur l’image de l’État. «L’autorité que représente l’Etat perdrait son rôle de parent dans la véhiculation des valeurs morales importantes». Sami estime «qu’un gage de qualité qu’offrirait une substance produite et contrôlée par l’État risquerait de banaliser la drogue et équivaudrait à une incitation à la consommer».

Au terme de trois heures de débat, les jeunes ont décidé d’élaborer un texte en vue de dépénaliser le cannabis. Dans leur déclaration, ils avanceront l’idée de favoriser une prévention plus ciblée et d’abaisser la dangerosité du cannabis dans la loi. Une initiative qui aurait plu à Ruth Dreifuss bien qu’elle avoue n’avoir jamais fait l’expérience du cannabis.

Bilan positif pour l’accueil des réfugiés à Genève

Cela fait presque trois ans que le projet pilote de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a été initié en Suisse. Mais ce n’est que depuis novembre 2015 que des familles genevoises peuvent accueillir des réfugiés. «Nous avons directement eu le soutien des autorités à Genève, ainsi que celui de l’Hospice général», explique Miriam Behrens, directrice de l’organisation basée à Berne.

Un an après avoir placé deux réfugiés érythréens à Genève, l’OSAR a permis à 24 personnes supplémentaires d’être accueillies dans 13 familles genevoises, sans compter les 34 réfugiés placés indépendamment par l’Hospice général. Une collaboration entre les deux organes jugée essentielle puisqu’à long terme l’OSAR souhaite se retirer des opérations et laisser les localités gérer la situation.

Si le bilan du projet «Familles d’accueil» à Genève est positif pour l’OSAR, il reste encore «400 personnes dans les abris de protection civile», rappelle Christophe Girod, directeur de l’Hospice général. Mauro Poggia, conseiller d’Etat en chargé des affaires sociales, estime que Genève peut mieux faire et se joint à l’appel de l’OSAR faite aux familles genevoises et suisses: «L’intégration n’est pas qu’une affaire d’Etat, c’est une tâche de la collectivité toute entière. Une étape qui passe nécessairement par l’hébergement, l’apprentissage de la langue et la recherche d’un métier», estime l’élu.

Le constat est également positif chez les familles d’accueil. Agnès Ritz qui héberge Elie, un jeune syrien, dans sa maison à Gy (GE), raconte son expérience: «Avec mon mari, nous avons toujours loué une chambre à des étudiants, puis nous avons décidé d’accueillir un réfugié en pensant que cela sera la même chose. On s’est très vite aperçu que ce n’est pas pareil. C’est un véritable travail d’apprivoisement réciproque. Elie est devenu un fils adoptif de plus pour nous».

Pour pouvoir accueillir un réfugié chez soi, certains critères sont importants comme celui d’offrir une chambre meublée avec possibilité de fermeture à clé «disponible pour au minimum douze mois», précise la directrice de l’OSAR. Prêt à travailler avec de nouvelles familles à Genève, Julia Vieille, responsable du projet «Familles d’accueil» à l’OSAR, lance un appel aux familles qui sont prêtes à offrir un toit et un peu de temps à des personnes requérantes d’asile ou réfugiées.