Politique | 07.03.2019

Transparence pour parer à l’obscurantisme actuel

Texte de Sarah Blaser | Photos de Sarah Blaser
A la Session des Jeunes, un mot courait sur toutes les lèvres, un mot repris des discours que l´on entend dans les médias, un mot d´adulte qui veut tout dire et qui est si facile à utiliser car si compréhensible et pourtant si revendicatif : la transparence.
Photo: Sarah Blaser

Plus de transparence dans les échanges économiques, dans les accords helvético-européen, plus de transparence dans les activités des multinationales, dans les passeports et dans la sphère privée, afin de savoir qui on est, ce qu’on fait, et où on va.

Transparents, tels les emballages qui saturent les étagères de nos supermarchés. Oui mais qu’entend- on par là concrètement ? Dans tous les débats, la transparence est un concept bien pratique puisqu’elle peut désigner à la fois un devoir comme un droit: elle est donc une arme argumentative puissante mais à double tranchant car «[…] le concept de transparence brouille le normatif et le descriptif, l’état de fait et le fait de désir»*. Elle est une valeur idéalisée proche de l’égalité, de l’honnêteté, de la solidarité. C’est comme si je disais à certaines multinationales : «Soyez honnêtes, montrez ce que vous faites, pour prouver que vous n’avez rien à vous reprocher». En quête de vérité, c’est aussi une notion quelque peu inquisitrice…

Nageons nous donc en pleine utopie ? Les jeunes qui ont parlementé ce long week-end de novembre ont pu se parer d’une cape d’activiste presque, en invoquant la transparence. Elle est certes possible, à petite échelle, en face à face. Qu’en est-il si on veut transposer ces règles de jeu fair-play à une dimension mondiale, globale ? Car c’est bien à ce niveau là que jouent les grands pouvoirs, les grands flux financiers et autres entreprises internationales. Malheureusement, dans cette cour, les armes sont différentes et la transparence semble être une revendication bien naïve. Toutefois, si elle est bien comprise et justement mobilisée, si cette transparence se montre à la hauteur de ses prétentions (sans aboutir à un totalitarisme dangereux), elle pourrait bel et bien faire bouger les choses. Petit à petit. Mobilisée pacifiquement par la plupart, suffira-t-elle alors à déstabiliser les rapports de pouvoir en place? Elle est en tout cas une condition nécessaire à un changement profond.

*Emmanuel Alloa et Sara Guindani, « La transparence », Appareil [En ligne], 7 | 2011, mis en ligne le 11 avril 2011, consulté le 10 décembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/appareil/124124