Politique | 14.03.2019

L’ère du plastique

Texte de Marie Thiébaud | Photos de Marie Thiébaud
Isabelle Chevalley, Conseillère nationale vert-libérale, nous a accordé une interview concernant la problématique des déchets en Suisse. Entre ignorance et manque de solutions concrètes, les ordures ne sont pas près de disparaître du paysage.
Photo: Marie Thiébaud

Le Zéro Déchet est-il une utopie ?

Pas du tout. C’est la réalité de demain et nous allons de toute façon y arriver tôt ou tard. Les générations futures rigoleront peut-être lorsqu’elles verront tout ce qu’on a utilisé durant notre ère. Il y a différentes grandes ères dans l’histoire de la terre et la nôtre est celle du plastique. J’espère que l’on passera à une autre ère bientôt.

Cette philosophie peut-elle être appliquée partout ? Et dans le monde économique?

Je pense qu’elle est applicable à beaucoup plus de choses que l’on ne l’imagine. Au final, on demande aux gens d’innover et de réfléchir autrement. Et cela demande un véritable exercice de réflexion et de simplification parce qu’on peut faire différemment en ayant d’autres réflexes. De la même manière à l’époque on disait que c’était compliqué de recycler les déchets mais c’est devenu aujourd’hui une évidence et même un jeu pour certains enfants. La Suisse est souvent citée comme un exemple concernant le recyclage. Cependant nous sommes aussi le plus grand producteur de déchets par habitant (plus de 700kg).

Que proposez- vous concrètement pour améliorer la situation ?

Plusieurs choses. Il y a premièrement l’abandon de tous ces sachets en plastique que l’on prend, qui ont 20 minutes d’utilisation et qui ensuite partent dans la poubelle. Il existe des sacs réutilisables que l’on peut prendre quand on va au marché et aux courses. De même pour les fruits et légumes, il existe des sacs réutilisables. Ce sont des choses concrètes que tout le monde peut faire comme remplir sa bouteille d’eau au lieu d’en acheter une nouvelle. Mais il y a aussi le problème des déchets que l’on subit. Quand on achète une clé USB, par exemple, elle est emballée dans du plastique et on ne peut pas faire grand chose à part se plaindre et faire pression auprès des distributeurs.

De quoi sont composés ces kilos de déchets ?

Ce sont beaucoup des déchets verts et il y a énormément à faire avec cette matière pour qu’elle retourne à la terre. Il faut que les gens apprennent aussi à manger des yoghourts qui sont passés de dates, à manger du pain un peu sec, il y a plein d’astuces pour diminuer les déchets verts.

Comment peut-on trouver un équilibre entre libéralisme et respect de l’environnement ?

Je pense qu’il faut vraiment faire pression sur les distributeurs. C’est à eux d’agir en amont pour diminuer ces emballages et faire ce que l’on appelle de l’ecodesign. En tant que libérale, je pense que le distributeur doit répondre aux besoins et aux envies du consommateur et je n’en connais pas aujourd’hui qui soit heureux de ce suremballage, parce que ces plastiques qui ne sont pas triés, remplissent les poubelles que nous payons. Si on dit aux gens « vous remplirez moins vos poubelles et vous paierez moins», je n’en connais pas qui ne seraient pas d’accord. Donc c’est à eux aussi de répondre aux besoins des consommateurs.

Concernant les effets du plastique sur la santé, il y a un manque d’études sur la question. Pensez-vous que le Conseil Fédéral devrait se pencher sur cette problématique ?

Soit le Conseil fédéral, soit les universités. Je suis étonnée que ces dernières ne le fassent pas parce que les citoyens sont soucieux de cette question. Maintenant on peut demander au Conseil fédéral de faire une étude, je pense que ça pourrait être possible même si en général, la politique ne se mêle pas du contenu scientifique. Mais c’est une problématique. Il y a des questions que l’on ne veut pas se poser parce que l’on a peur de la réponse.

Comment peut-on expliquer le manque d’intérêt autour de la problématique des déchets alors que les questions écologiques sont aux coeurs des débats ?

Parce que nous avons des usines d’incinérations, que les déchets ne traînent pas et on pense donc que tout va bien. Prenez par exemple le gaspillage alimentaire. Ce sujet connait une forte médiatisation, mais lorsque l’on cherche des solutions concrètes, on refile la patate chaude à l’autre et il y a peu de volonté d’agir concrètement. Pour les déchets, les politiciens invoquent les usines comme la solution au problème et comme ce sont des sujets compliqués qui demandent des connaissances scientifiques pour comprendre qu’au final cela va polluer, ils s’arrêtent au premier élément. De plus des lobbys très bien organisés leur expliquent qu’il n’y a pas de problèmes et donc ils ne changent rien. Un mensonge suffisamment répété devient une vérité.