Politique | 05.11.2018

Un long dimanche de bataille

Texte de Sarah Blaser | Photos de Sarah Blaser
La dénommée génération Z envahissait ce weekend le parlement dans le cadre de la 26e session fédérale des jeunes. Les sérieux individus aux mornes costards qui siègent d´habitude à Berne cédaient leur place à une ribambelle de 200 jeunes excités entre 14 et 21 ans.
Photo: Sarah Blaser

Autant dire que la moyenne d’âge a brutalement chuté ce week-end entre les murs verts du Palais fédéral. Les chewing-gums apparents, des selfies intempestifs pris sur les fauteuils des parlementaires (#Dorismaserrélamain), les rires pré-pubères résonnaient dans les escaliers du bâtiment. Mais ceci n’est qu’une apparence trompeuse : cette jeunesse à priori détendue en sneakers confortables se montre consciente des enjeux politiques actuels et témoigne d’une ferveur notable quand on en vient aux sujets qui la touchent. Ce dimanche concluait un long week-end de « parlementations » en tout genre. Malgré leur attitude toute « chill » et posée – posey même – ce sont pourtant des sujets d’actualité sérieux qu’ont abordés ces gymnasiens et apprentis, parfois même les poings en l’air.

On nous a souvent rabâché la superficialité de ceux qu’on appelle les « ados » : ils veulent tous être cool, écouter le bon son, avoir les bons potes, le dernier IPhone et déconner sur Snapchat. Ils combattent une légère acné, cachent leur appareil dentaire ou affichent leurs premiers tatouages et expérimentent au niveau capillaire… mais pas que. Certes, il y avait des jeunes comme ça mais on a aussi pu observer des individus soigneusement peignés, affichant fièrement un costard et une belle montre. Faut pas déconner, on est au Parlement quand même. Et c’est justement à travers ces décalages de dégaine que s’esquisse une certaine affiliation à des partis politiques.
L’allure qu’affichent certains s’associe également aux discours correspondants… bref, l’arène politique était loin d’être stylistiquement neutre.

Les apparences seraient-elles donc trompeuses ? Non, ces jeunes ne sont pas insouciants, ils sont conscients et souhaitent se prononcer sur les thèmes qui les affectent, de près ou de loin. Quand on les voit plaisanter et se pousser lors de la collation dans le hall d’entrée – « Mettez pas de miettes sur les tapis ! », rappelle le jeune Président de l’Assemblée au micro juste avant de laisser sortir ses collègues – on se demande d’où leur vient cet engagement. Ils ont patiemment débattu de 9h à 17h ! Quand les problématiques planifiées lors de la rencontre sont abordées, force est de constater qu’ils sont bien renseignés. L’un des participants confie qu’il a fallu beaucoup se préparer avant de pouvoir discuter avec aisance dans les groupes de travail. Où s’informent-ils? D’où tirent-ils leur engagement politique? Les parents les influencent-ils dans leurs choix ? Est- ce que les réseaux sociaux représentent aussi une plateforme qui aiguise la conscience civique de cette jeunesse ?

Ces questions attendent encore d’être éclaircies. Ce qui ressort avant tout ce dimanche, c’est la vigueur et la candeur témoignées par les jeunes, avec des moments mémorables au micro : certains apprentis parlementaires machistes expriment des propos ouvertement sexistes dans le cadre du débat sur les inégalités des revenus. Un autre se révolte contre la persistance d’une certaine «phallitocratie». En voilà un joli mot : la polémique autour des phallocrates et autres Weinstein a visiblement eu un large écho auprès des participants. La naïveté de certains se manifeste à travers des raccourcis, à l’instar des débats sur les personnes en situation de handicap, ces dernières devenant plus simplement des «handicapés» dans la bouche de quelques intervenants. D’autres s’injurient sur la situation de pays «sous-développés» dans les enjeux liés aux accords sur le libre-échange… il y a certes plus diplomatique comme langage pour aborder ces thématiques. Cependant, ce n’est pas tant la forme que le contenu que l’on retiendra de ces rencontres. Ces 200 jeunes venus consacrer du temps et de l’énergie à des débats complexes témoignent d’une conscience politique encourageante. En Suisse, la société civile a encore de beaux jours devant elle, même si ses jeunes représentants préfèrent applaudir et siffler comme à un festival plutôt que d’agiter les mains en l’air silencieusement, norme d’usage dans le Parlement fédéral lorsqu’un objet est approuvé.
Rock’n’roll.

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Cet article a été écrit pour le magazine de la Session des jeunes 2017.