Culture | 17.10.2018

Les chansons sont des objets

Texte de Marie Thiébaud | Photos de Spitzhorn Studio
Nathan Baumann a sorti vendredi dernier son EP Avant l'Hiver. À cette occasion, nous avons rencontré ce musicien aux multiples facettes.
Photo: Spitzhorn Studio

Nathan Baumann est avant tout un artiste proactif et surprenant. Après avoir étudié la flûte traversière à la Haute école de Musique de Lausanne, cofondé l’association indago, contribué à la création du label Hummus Records et lancé le collectif The Fawn, il revient cette fois avec un projet piano-voix créatif en solo et en français où le compromis n’a pas sa place. C’est un nouveau cycle de composition et de musique dans la mesure où c’est en français. Avant j’étais moins concerné par le texte et le langage. J’avais aussi envie de faire de la musique que j’aime, de la Pop music. C’est plus personnel que ce que je faisais avant. Je suis moins dans une dynamique de compromis comme avant avec The Fawn par exemple. Maintenant j’en fais zéro sur rien. J’ai vraiment en tête ma musique que j’ai envie de réaliser, de coucher, de lui donner la réalité que j’entends.

Plus qu’une transition, cet album est représentatif de la direction artistique vers laquelle Nathan Baumann souhaite aller. Bien qu’enregistré il y a 3 ans lors d’une session studio à Paris, le musicien s’y identifie encore. Même si ça fait 3 ans, je m’y reconnais bien, ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, un disque sorti il y a une année peut me paraître loin. Concernant Avant l’hiver, j’ai des chansons en plus maintenant, mais globalement ça reste la même histoire. Je chante aujourd’hui un peu différemment, ma manière de chanter s’est précisée.

Cette direction se concentre notamment sur l’écriture de textes et leur signification . Nathan Baumann nous livre sa conception de l’approche poétique – un questionnement du langage – et son procédé d’écriture qui traversent les 4 titres de l’album. C’est une manière de porter un regard sur des choses. Je parle de petites choses qui en disent beaucoup. J’essaie de trouver une ambiance tout d’abord, un champ poétique autour d’un thème. Je vais par exemple partir d’un tableau que j’ai vécu pour ensuite restituer mon expérience en faisant travailler l’imaginaire de l’auditeur. Les pertes et les choses qui se répètent sont les thèmes abordés dans cet album. Cependant, ne qualifiez pas de mélancoliques ses titres lorsque vous écouterez le ton de sa voix et le piano qui l’accompagne. Ce n’est pas vraiment de la mélancolie parce qu’elle te fige et est fataliste. Je parle de choses qui sont assez difficiles, qui se brisent mais avec calme et dignité. C’est plutôt de la contemplation.

Ce retour au français est notamment expliqué par deux observations faites par l’artiste : la langue maternelle parle au cœur et la Pop se veut sincère. La langue maternelle a un côté instantané. On est également plus impliqué, touché par ce qu’on raconte et touche donc plus le public. Le français reste une langue difficile à faire sonner en musique mais j’ai eu une grande révélation au niveau du langage avec cet album. Je m’intéresse beaucoup à cette langue, je m’exprime avec aisance mais je n’en suis pas un expert. J’essaie de réduire mes idées au plus simple possible. Être amoureux de la Pop britannique des années 90, ne l’a pas empêché d’être inspiré par une ribambelle d’artistes francophones. Des artistes comme Franz Treichler des Young Gods, Simon Gerber, Christophe, Gainsbourg, Benjamin Biolay et Shurik’n donnent l’envie de la langue française.


Avant l’Hiver, EP 4 titres

Disponible ici et sur Spotify

En concert le 28 octobre à la Nef