Société | 11.07.2018

Communauté LGBT : liberté des goûts et des besoins pour tous

À travers nos interviews, nous avons voulu mettre en avant les aspects du coming out ainsi que les aspects sociaux et relationnels avec la famille et l'entourage à travers des témoignages de personnes concernées. Nous avons aussi rencontré le porte-parole de l'association « Togayther », qui milite pour les droits et contre la discrimination des personnes LGBT.
Photo: Etereuti Pixabay

Les personnes interviewées sont : Madame B., étudiante dans le domaine social, actuellement âgée de 19 ans, bisexuelle. Monsieur L., étudiant en informatique, actuellement âgé de 20 ans, homosexuel. Madame M., employée de commerce, actuellement âgée de 23 ans, bisexuelle. Monsieur R., horloger et drag queen, actuellement âgé de 20 ans, homosexuel. Monsieur G., paysagiste, actuellement âgé de 24 ans, bisexuel. Monsieur Loris D’Albenzio, actuellement âgé de 21 ans, porte-parole de l’association « Togayther ».

« Il n’y avait pas d’anormaux quand l’homosexualité était la norme » (Proust dans Sodome et Gomorrhe). L’attirance sexuelle pour un congénère du même sexe est valable autant pour les animaux que pour l’être humain. Déjà existante à l’époque des Grecs et des Romains, l’homosexualité a traversé les époques où elle était acceptée ou condamnée par les religions et la société. De nos jours, il reste dix pays, en Afrique et au Moyen-Orient, où l’homosexualité est sanctionnée par la peine de mort.

Tout d’abord, nous portons à votre attention qu’il faut faire la distinction entre l’homosexualité qui repose sur un sentiment amoureux et affectif et l’identité de genre qui repose sur un besoin d’appartenance et d’identité de soi. Il existe une soixantaine d’orientations sexuelles, d’identités de genre et d’expressions de genre différents. Le genre n’attache pas à l’orientation sexuelle.

COMING OUT 

Cela signifie pour les personnes concernées de « sortir du placard », autrement dit de faire l’annonce volontaire de son orientation sexuelle ou de son identité ou expression de genre. Cela n’est pourtant pas vécu de la même manière pour tous. Rappelons-le. L’annonce de son identité propre est source d’un grand stress. M. R., personne homosexuelle drag queen (forme d’art, comédie, chant, danse, transformation physique ; une manière de rendre honneur aux femmes) nous a raconté son ressenti avant l’annonce à son père : « je me suis informé sur les réseaux, s’il existait des refuges pour homosexuels au cas où la réaction de mon père s’avérait démesurée ». Le coming out représente un moment important et intense pour les personnes. Cela demande une grande réflexion sur la manière de l’annoncer et beaucoup de ressources personnelles. Certaines personnes n’ont toujours pas franchi ce pas, à l’exemple de M. G. (bisexuel) qui ne l’a toujours pas annoncé à son père, non par peur de sa réaction, mais parce qu’il n’a toujours pas trouvé le meilleur moyen ni le meilleur moment pour lui dire.

Dans certains cas le choc des générations n’aide pas. Mme B. a pu nous confier que sa grand-maman a pris beaucoup de temps à accepter sa bisexualité. M. L (homosexuel), quant à lui, a préféré l’annoncer, comme il dit, « d’un coup sec ». Le coming out ainsi que le processus d’identification de soi est intervenu entre 12 et 16 ans, soit en pleine période de l’adolescence pour nos personnes interviewées. M. G. (bisexuel) s’est posé beaucoup de questions. « Je ne comprenais pas pourquoi je ne rentrais pas dans la norme. »  Il n’en a pas parlé tout de suite, même à ses amis. Car pour lui, c’est un milieu « secret ».

LA FAMILLE ET LE CERCLE SOCIAL

Toutes les personnes interviewées, sauf M. G., dont le père n’est pas au courant, relèvent que leur orientation sexuelle n’a pas eu d’impact irréversible sur les relations avec leur famille. Leurs relations sociales antérieures restent inchangées. Leur orientation sexuelle a néanmoins étoffé leur cercle social homosexuel et bisexuel.

LA SOCIÉTÉ

Pour M. G., « il y a une évolution au niveau des préjugés de la société » mais il reconnaît que « les regards des gens dans la rue sont encore bien présents ». Même constat pour M. R. qui souligne : « il y a moins d’homophobie décriée mais elle reste cachée. Exemple : «je ne suis pas homophobe mais il ne faut pas qu’il se montre devant moi »! ». Pour Mme M. : « ces personnes jugent alors qu’elles-mêmes ne supportent pas de se faire juger. Elles ne sont pas à leur place et croient avoir une certaine importance donc un certain droit de jugement alors que nous sommes tous égaux. »

PRÉJUGÉS ET ANECDOTES 

Un jour, une religieuse a dit à M. R. qu’il était sûrement possédé par le démon.  Pour Mme B., c’est lors d’une balade avec son ex-petite amie qu’une personne âgée lui a dit que c’était génial, qu’elle-même avait déjà participé à des Gay Prides mais qu’elle était hétérosexuelle. Pour M. G., ce sont ses propres amis qui lui ont dit : « tu ne vas pas me draguer maintenant ! » Lors d’une soirée, cinq taxis ont refusé M. R. car il était en drag queen. « Ce soir-là, j’avais envie de leur péter la gueule (sic) mais je ne pouvais pas, j’étais trop belle pour me battre ! »

L’ouverture sexuelle est en pleine expansion dans notre société actuelle. Nous pouvons constater que les personnes interviewées sont partagées entre le fait de l’assumer et la peur du rejet. La clé du « secret » consiste à en parler, que ce soit avec son entourage, des professionnels et au sein de notre travail pour une meilleure intégration. Nous constatons également qu’il y a encore des efforts à faire au niveau des préjugés.

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ASSOCIATION « TOGAYTHER » : LA PAROLE À LORIS D’ALBENZIO

L’association comporte des membres, des sympathisants et des bénévoles. Les membres qui assument complétement leur orientation sexuelle ou leur identité ou expression de genre peuvent venir soutenir le mouvement. Ces personnes viennent soutenir la lutte des droits des LGBT. D’autres personnes viennent par rapport à des difficultés sur leur orientation sexuelle (Qui suis-je ? Qu’est-ce que j’aime ?). Nous nous adressons également aux hétérosexuels qui se posent juste des questions sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre.

Fréquentation de l’association

L’âge varie entre 16 et 70 ans. Il y a des problématiques qui concernent plus l’envie de parentalité ou les familles arc-en-ciel qui sont des familles homoparentales. Je peux dire avec des chiffres officiels que le suicide chez les LGBT est deux à quatre fois plus élevé. Il existe une soixantaine d’orientations sexuelles, d’identités de genre et d’expressions de genre différents. Ce qui est intéressant, c’est qu’une identité de genre n’assigne pas à une orientation sexuelle automatiquement. Un transgenre peut être autant homosexuel, que bisexuel.

Place de l’entourage

L’entourage a une place centrale. Si je prends l’exemple des difficultés d’un jeune, c’est très important d’avoir une famille qui comprend. La place de l’entourage dans l’association est énorme. C’est aussi arrivé que des proches nous contactent pour intervenir dans les écoles. Par exemple, pour des faits de discrimination. Nous avons déjà été refusé sur certains sites mais le minimum que l’on puisse faire c’est passer un message à la direction et leur lancer une invitation pour intervenir. Ce n’est pas parce que ta famille ne le tolère pas que tu n’as pas le droit d’être.

Réseaux

Nous nous mettons en lien avec le GSN (Groupe Sida Neuchâtel) pour tout ce qui concerne la santé. Quand le GSN en a la possibilité, ils viennent faire des tests de dépistages gratuits par exemple durant des promotions de l’aide suisse contre le Sida. Nous comptons sur un grand réseau d’alliés en Suisse romande et en Suisse en général. C’est pour ça que nous ne sommes jamais tombés dans une impasse.  De Genève à Zurich, aucune association ne laissera tomber un LGBT.

Loris D’Albenzio, porte-parole de l’association « Togayther »

Le site Internet de l’association : http://www.togayther.ch/


Cet article a été écrit par trois élèves d’une classes de deuxième année dans le cadre des leçons de Culture Générale de l’école Pierre-Coullery à la Chaux-de-Fonds. Tink.ch les remercie, ainsi que leur enseignant, Julien Beuret.