Société | 24.05.2018

Worry, don’t bee happy

La première journée mondiale des abeilles s'est tenue le 20 mai 2018. Le nombre de colonies a drastiquement diminué au fil des ans et selon le WWF, en Suisse, leur travail garantit une production agricole annuelle de 256 millions de francs, qui serait compromise si les abeilles venaient à disparaitre.
Photo: Lance Cheung (Flickr)
Photo by Lance Cheung.

Albert Einstein ne s’est jamais intéressé aux abeilles et n’a jamais prononcé la célèbre phrase « si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». La source de cette citation n’est pas tout à fait claire, mais il semble étrange qu’un message concernant le futur de l’humanité ait été perdu parmi les écrits bien étudiés du grand physicien. Cependant, ce n’est pas parce que l’auteur est inconnu que cette phrase doit être prise à la légère: une étude des Nations Unies montre comment la population d’abeilles et d’autres pollinisateurs (papillons, mites, guêpes, …) a considérablement diminué au fil des ans, rendant ces espèces de plus en plus menacées.

LES ABEILLES MEURENT

En Suisse, le nombre de colonies d’abeilles n’a cessé de diminuer depuis les années 1940 : sur les 350 000 colonies de notre pays en 1936, il n’en restait plus que 150 000 en 2014. Les chercheurs ont appelé ce phénomène « syndrome de dépeuplement des ruches ». Cette appellation rend encore plus mystérieux ce qui se passe : l’incapacité d’identifier la cause principale du problème.

Au sommet de la liste des suspects se trouve les pesticides de la famille des néonicotinoïdes. « Nous avons de plus en plus de preuves des effets dangereux des néonicotinoïdes, en particulier lorsqu’ils sont combinés avec d’autres agents pathogènes », explique Peter Neumann, directeur du Bees Health Institute de l’Université de Berne. La propagation de ces pesticides correspond plus ou moins au pic de dépopulation et, en y regardant de plus près, leur but est précisément de tuer les insectes. Même en petite quantité, ces substances réduisent la capacité des abeilles à se diriger, rendant le tiers d’entre-elles incapable de retourner dans la ruche. A la longue, ces contaminants empoisonnent les abeilles, au point de provoquer leur mort. Suite aux mesures déjà prises en 2013, la Commission Européenne a décidé fin avril d’interdire totalement l’utilisation de trois souches de ce type de pesticide, considérées comme les principales responsables de la mort des abeilles ces dernières années.

En plus de cela, d’autres causes mettent en péril la préservation des abeilles : la propagation des monocultures en agriculture, l’apparition d’acariens parasites mais aussi le changement climatique qui compromet leur habitat en réduisant leur biodiversité.

Fonte: Rene Mensen (Flickr)

UN TRAVAIL QUI VAUT DES MILLIARDS

La journaliste Hannah Nordhaus écrit dans son livre The beekeeper’s lament que « les abeilles sont la colle qui unit notre système agricole ». Il serait difficile pour de nombreuses cultures de survivre sans l’aide des abeilles : si nous devions enlever les produits alimentaires qui dépendent de la pollinisation des rayons des supermarchés, la moitié d’entre eux disparaîtraient. Une étude de 2016 de la Plateforme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques estime que la production annuelle d’aliments qui repose sur la contribution des pollinisateurs, donc principalement des abeilles, a une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars. En Suisse, selon le WWF, la production agricole assurée par les colonies est d’une valeur moyenne de 256 millions de francs par an.

Grâce à ces données, il est facile de comprendre pourquoi les abeilles sont cruciales pour garantir la sécurité des stocks alimentaires mondiaux. « Sans elles, nous pourrions perdre une variété d’aliments comme les pommes de terre, les poivrons, le café, les citrouilles, les carottes, les pommes, les amandes ou les tomates, pour n’en nommer que quelques-uns. Bref, sans les abeilles, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, éd.) ne peut penser atteindre son objectif d’éradiquer la faim dans le monde. La journée mondiale des abeilles reconnaît l’importance de ces petites aides et augmente la prise de conscience concernant leur protection », déclare Carla Muncavi, présidente de la FAO.

Enfin, les abeilles ont aussi un rôle important dans la préservation de la biodiversité et si leur disparition devait rendre la terre plus pauvre du point de vue alimentaire, la peur est aussi la possibilité que cette mort ne soit qu’un symptôme précoce de quelque chose de plus grand qui ne fonctionne pas dans la biosphère.

Fonte: Jessie Eastland

FUTUR

Contrairement à la prédiction d ‘ « Einstein », même si les abeilles devaient malheureusement s’éteindre, l’homme ne disparaîtrait pas. Le système alimentaire serait sérieusement compromis, mais il ne s’effondrerait pas complètement. Les plantes comme le maïs, le blé et le riz – à la base de notre régime alimentaire – s’autopollinisent et nos repas seraient donc « seulement » moins nutritifs et colorés.

Central dans la protection et dans l’avenir des pollinisateurs, c’est précisément le système de production alimentaire lui-même dont elles dépendent pour leurs besoins en nectar. Nous devons passer d’un système agricole intensif à un système durable et écologique, avec des avantages et des bénéfices non seulement pour les abeilles, mais aussi pour notre environnement et notre sécurité alimentaire. La clé est donc une agriculture moins agressive et plus respectueuse, qui augmente la biodiversité dans les champs et réduit l’utilisation des pesticides.

Dans le même ordre d’idées, voici le conseil de l’inspecteur des ruches du canton des Grisons, Giovanni Randelli : « il est important de ne pas utiliser de produits chimiques à l’extérieur et d’essayer de vivre de la façon la plus naturelle et écologique possible, en soutenant l’apiculture locale au km 0 par rapport aux grands producteurs qui accordent plus d’importance à leur capital qu’à la vie de leurs abeilles. ».

Article traduit de l’italien.