Gesellschaft | 16.02.2018

Taxe ou pas taxe?

Texte de Camille Ory | Photos de Fotomelia
Payer 451 francs par année pour un programme qu'on ne peut pas choisir, c´est trop ! C'est en tout cas ce que pense le comité de l'initiative No Billag. Rappelons-le, le but de ce texte est d'interdire le subventionnement des médias audiovisuels par la Confédération, ainsi que son financement par une taxe. Le peuple votera sur cet objet le 4 mars prochain.
Le paysage médiatique suisse aux mains des citoyens.
Photo: Fotomelia

Ce texte menace la SSR, financée en grande partie par la redevance, mais aussi, ne l’oublions pas, de nombreuses radios et télévisions régionales. Et ceci dans un contexte où la presse écrite est en difficulté, les rédactions doivent se serrer la ceinture et les journaux fusionnent. L’ATS risque de licencier 36 de ses employé-e-s. L’initiative menace la diversité déjà précaire du paysage médiatique suisse. Or, les médias jouent un rôle essentiel pour le fonctionnement de la démocratie.

Les arguments pour No Billag fusent dans tous les sens. Les 451 francs par ménage pourraient être dépensés ailleurs, favorisant ainsi l’économie. La suppression de la taxe améliorerait l’offre audiovisuelle en apportant plus de concurrence sur le marché. Le subventionnement favorise la position monopolistique de la SSR, induisant ainsi un manque d’incitation au renouvellement des programmes. Pour y voir un peu plus clair dans cette jungle d’arguments, il paraît judicieux de revenir à la base du débat; la redevance. Pourquoi payons-nous une taxe au juste?

La redevance dont s’acquitte chaque ménage et entreprise sert à subventionner la SSR et les radios et télévisions régionales. Si on coupe le financement de la SSR, elle devra fonctionner comme une entreprise privée. Or, le secteur privé privilégie ce qui est rentable. Les émissions destinées aux minorités linguistiques, comme les romanches, ou qui ne touche pas un grand public, seront très probablement déficitaires et par conséquent peu à peu supprimées. On assisterait alors à une diminution de la diversité des programmes.

Ce mécanisme concerne aussi les médias audiovisuels régionaux qui touchent également une part de l’argent public. Ceux-ci diffusent du contenu local, culturel et proche de la population. Sans aide étatique, seules les radios localisées dans les grands centres urbains pourraient survivre, car elles offrent une visibilité suffisante pour attirer assez de sponsors. Les autres seraient probablement condamnées, et priveraient les régions périphériques d’une source d’information. La redevance permet donc d’avoir accès à une offre diversifiée, et ceci également pour les minorités linguistiques ou culturelles.

Admettons que la SSR survive à l’initiative no Billag. Elle devrait alors combler son manque à gagner par un autre moyen que la l’aide étatique. Elle devrait pour ce faire se financer par la publicité. La qualité du visionnement, pour la télévision, et de l’écoute, pour la radio, sera amoindrie par plus d’interruptions publicitaires. La redevance est garante de la qualité de l’audiovisuel, en plus de sa diversité.

Finalement, le financement public des médias audiovisuels évite qu’ils se fassent avaler par les grands groupes, comme c’est le cas pour les journaux, dont un grand nombre appartient actuellement à Tamedia ou à Ringer. La détention d’un grand nombre de médias par une seule entreprise peut évidemment entraîner un biais dans l’information. L’argument selon lequel la concurrence induite par la suppression de la taxe profiterait à la diversité du paysage médiatique paraît bancal. En effet, la situation de la presse écrite nous montre un aperçu de ce qui pourrait se passer avec l’audiovisuel.

Pour les raisons mentionnées, il ne serait pas judicieux d’accepter l’initiative. Il est par contre souhaitable de réfléchir à des solutions pour pallier au mécontentement de la population par rapport au système actuel, qui, il est vrai, n’a pas évolué, alors que l’environnement médiatique et informatif a énormément changé ces dernières années. Les familles paient des taxes de plus en plus chères. Une réforme en douceur du système pourrait être imaginée, en réfléchissant à des solutions viables sur le long-terme, sans précipiter les choses. Il serait aussi possible d’imaginer un système de taxe proportionnel au revenu, pour décharger les ménages les moins nantis.

Il n’est pas absurde de repenser le système, mais le faire sans précipitation et sans mettre les médias en danger est primordial. Serions-nous gagnants en économisant 365 francs par année, si le résultat implique la disparition de la SSR et de notre radio régionale ?