Kultur | 10.01.2017

Retour sur « Danse de la réalité » de Jodorowsky

Texte de Ekatérina Soldatova | Photos de Imcine
Le cinéma du Grütli à Genève a présenté récemment deux films du triptyque biographique du réalisateur chilien indépendant Alexandre Jodorowosky. Retour sur La danse de la réalité, le premier de ses trois essais cinématographiques, sorti en 2013.
Affiche du film
Photo: Imcine

La danza de la realidad est un retour sur l’enfance dure que le réalisateur a passée dans sa ville natale de Tocopilla, au Chili. Nous sommes dans les années 1930, Jaime Jodorowsky, le père d’Alejandro, est un juif russe émigré. Prônant le communisme stalinien, il éduque son fils avec brutalité et insensibilité. Il n’est fier d’Alejandro que lorsque ce dernier obéit à ses ordres. Aspect intéressant: le père d’Alejandro Jodorowsky est joué par le fils de ce dernier, Brontis Jodorowsky. Ainsi, le film devient également une expérience psychologique qui consiste en un affrontement entre père et fils.

Poussé par ses croyances politiques extrêmes, Jaime décide ensuite d’abandonner sa femme et son fils afin d’assassiner le dictateur chilien Carlos Ibanez. Alejandro, triste du départ de son père, se sent tout de même soulagé à l’idée de rester uniquement avec sa mère, Sara, qui le couvre de douceur. Ces deux caractères opposés incitent le spectateur à réfléchir au sujet de l’éducation: l’autorité est-elle le seul moyen d’élever son enfant?

Le projet de Jaime vire cependant à l’échec: au moment d’appuyer sur la détente de son revolver pour tuer le président chilien, ses mains se paralysent. S’ensuit un retour difficile à Tocopilla: sans argent, torturé par les fascistes, le père Jodorowsky est libéré grâce à la chute de la dictature. Arrivé enfin à destination, anéanti, Jaime s’émancipe de ses idéologies communistes avec l’aide de sa femme et se retrouve de cette façon complètement changé. Comme le met en évidence le réalisateur, il ne s’agit pas d’accepter ou de détruire une personne, mais d’ouvrir son cœur.

Dans cette ambiance sombre, des couleurs surgissent néanmoins: des déguisements et de la magie apportent une touche poétique à ce récit sombre. Des scènes artistiques apparaissent, comme celle où la mère d’Alejandro peint son enfant en noir afin qu’il évite d’être effrayé par l’obscurité. Ce long-métrage mêle donc fiction et réalité, illusion et vérité.

Le triptyque d’Alexandre Jodorowsky exerce finalement une ouverture d’esprit en libérant l’être humain de ses préjugés familiaux, sociaux et culturels. Le choix d’un enfant qui grandit comme protagoniste indique également une quête de soi. D’après la vision du monde du réalisateur, l’homme connaît le monde quand il se connaît soi-même.