Politique | 14.11.2016

Le cannabis, un danger exagéré?

À Berne, 17 participants romands de la 25e Session des jeunes ont discuté d´une possible dépénalisation du cannabis. Entre distinction des différents types de drogues, dépénalisation et régulation, les deux experts présents, Ruth Dreifuss et Thomas Siegrist ont pu apporter leurs conseils avisés à ces politiciens en herbe.
Discussions autour de la politique des drogues
Photo: Amadeus Kapp

«Le cannabis en Suisse a malheureusement été classé avec le niveau de dangerosité le plus élevé». Jeudi dernier, jour d’ouverture de la Session des jeunes, Ruth Dreifuss, présidente de la Comission mondiale sur la politique des drogues et Thomas Siegrist de l’Office fédéral de la santé publique déplorent la situation pénale de la consommation du cannabis en Suisse. Devant un groupe de 17 jeunes romands entre 15 et 22 ans, ils évoquent la possibilité d’une dépénalisation et régulation de la consommation du cannabis en Suisse. Ruth Dreifuss estime que la définition des drogues et de leur niveau de dangerosité nécessite une analyse très sérieuse au niveau de la consommation. «Le cannabis a été classé comme extrêmement dangereux, alors que scientifiquement l’alcool et le tabac sont en-tête au niveau de nocivité pour la santé de leurs consommateurs», soit un «paradoxe» selon elle.

Devant le discours de Ruth Dreifuss, nombreux sont les jeunes à acquiescer sur une nécessité de dépénaliser la consommation de cannabis. Alexandre, 18 ans de Nyon, pense que la dépénalisation permettrait de diminuer le marché noir et la criminalité en règle générale, une meilleure hygiène relativement aux seringues et un avantage au niveau économique pour l’Etat qui pourrait bénéficier d’un revenu en plus.

Dans le cadre du débat, plusieurs jeunes font une différence entre drogues «dures» et drogues «douces», en plaçant le chanvre dans cette dernière catégorie. Il y a donc une vision plus tolérante quant à sa consommation. Bien qu’Alexandre fasse une différence entre les deux types de drogues, il souhaite cependant toutes les légaliser pour que l’État puisse mieux en contrôler le marché.

Une hérésie selon Virna, 21 ans de Genève, qui considère que toutes les drogues sont à mettre dans le même panier. Elle est une des rares du groupe à être plutôt contre la dépénalisation de la consommation de cannabis, car elle aurait peur d’un changement sur le plan criminel. «Les vendeurs de cannabis se réinventeraient en vendant d’autres drogues aux effets potentiellement plus dommageables. La dépénalisation pourrait aussi amener un autre effet indésirable: le tourisme de consommation, comme à Amsterdam», a déclaré Virna.

Pour Sami, 18 ans de Genève, c’est un problème complexe qui comprend beaucoup de paradoxes: «Ça m’arrive rarement d’être mitigé comme ça sur un sujet». Selon lui, la légalisation de la consommation du cannabis aurait des effets négatifs sur l’image de l’État. «L’autorité que représente l’Etat perdrait son rôle de parent dans la véhiculation des valeurs morales importantes». Sami estime «qu’un gage de qualité qu’offrirait une substance produite et contrôlée par l’État risquerait de banaliser la drogue et équivaudrait à une incitation à la consommer».

Au terme de trois heures de débat, les jeunes ont décidé d’élaborer un texte en vue de dépénaliser le cannabis. Dans leur déclaration, ils avanceront l’idée de favoriser une prévention plus ciblée et d’abaisser la dangerosité du cannabis dans la loi. Une initiative qui aurait plu à Ruth Dreifuss bien qu’elle avoue n’avoir jamais fait l’expérience du cannabis.