Culture | 05.02.2016

Une réinterprétation de Philip Glass signée Bruce Brubaker

Texte de Isabel Oliveira | Photos de Timothy Saccenti
La salle des fêtes de Carouge a accueilli mercredi soir l´artiste américain Bruce Brubaker. À l´occasion du festival Antigel, le pianiste a revisité l´oeuvre de Philip Glass, signant ainsi un concert exclusivement new-yorkais.
Bruce Brubaker dans les rues de New York
Photo: Timothy Saccenti

New York est à l’honneur de la sixième édition du festival Antigel. En tête d’affiche, Philip Glass, connu notamment pour ses compositions pour le cinéma. Le musicien et compositeur américain offrira au public genevois deux ciné-concerts les 13 et 14 février au Victoria Hall. On retrouve également la performance de la chorégraphe Lucinda Childs qui a travaillé en collaboration avec Glass et Sol LeWitt, scénariste, pour créer « DANCE », une pièce de danse présentée ce mercredi au Bâtiment des Forces Motrices. Finalement, dans ce panache new-yorkais se glisse l’icône de la musique post-moderne, Bruce Brubaker, qui, depuis trois décennies, fait connaître ses talents de concertiste aux quatre coins du monde. Avec son album « Glass Piano », il se lance en 2015 dans le projet colossal de revisiter le répertoire de Philip Glass avec pour seul instrument son piano. L’objectif, bien qu’ambitieux, est plutôt réussi.

Un artiste qui plaît

Un piano à queue et des mains de virtuose: c’est ce qu’il faut à Bruce Brubaker pour nous amener dans son monde. Et on aime s’y laisser entrainer, dans son monde. Pendant plus d’une heure, la concentration du public est palpable. Seuls quelques toussotements étouffés viennent parfois briser le silence de la salle qui enveloppe la musique. Le décor est simple: des rideaux rouges qui servent de fond au musicien et quelques projecteurs illuminant le centre de la pièce où se trouve le pianiste. Le concert affiche complet. Il est d’ailleurs difficile de se frayer une place qui offre une bonne visibilité sur l’artiste, tant la salle est ce soir-là pleine à craquer. Tant pis, on se contentera d’écouter en fermant les yeux. Après tout, la musique de Bruce Brubaker s’y prête bien. Tantôt douce, tantôt tourmentée, elle ravive des émotions profondes en même temps qu’elle apaise.

Une réappropriation réussie

«Je ne joue pas de notes différentes de celles écrites. Cependant, les rythmes exacts, l’organisation des phrases, la pondération des accords, l’utilisation de la pédale du piano, tous ces éléments varient», explique Bruce Brubaker, résumant sa démarche artistique. Subtil mélange entre musique classique et contemporaine, le pianiste s’inscrit dans le courant musical post-moderne. Avec ses mélodies minimalistes aux figures répétitives, il réinterprète avec brio l’œuvre monumentale de Glass. Il noue ainsi un dialogue musical entre notes originales et variations techniques que son indiscutable virtuosité permet. Grâce, entre autres, aux morceaux « Metamorphosis 1″ et « Mad Rush », le New-Yorkais aura laissé, le temps d’un concert, la salle des fêtes de Carouge en lévitation. De quoi mettre l’eau à la bouche pour la prestation de Philip Glass au Victoria Hall le week-end prochain.