Culture | 16.02.2016

Tortoise, ce cocktail de genres

Texte de Amadeus Kapp | Photos de Amadeus Kapp
Le groupe Tortoise se produisait dimanche soir pour l'un des derniers concerts du festival Antigel. Si les artistes ont vieilli, leur musique, elle, n'a pas pris une ride.
Le groupe Tortoise a été fondé en 1993 à Chicago.
Photo: Amadeus Kapp

Cela fait vingt-cinq ans que Dan Bitney, Doug McCombs, Jeff Parker, John Herndon et John McEntire jouent sous le nom de Tortoise. Les anciens jeunes de Chicago ont désormais une carrure plus proche de celle de pères de famille à une réunion d’anciens camarades de classe que d’un groupe de Post-Rock. Mais est-ce véritablement handicapant? Au contraire. Si eux arborent des calvities bien entamées, leur musique, elle, n’a pas pris une ride. C’est à se demander s’ils ne sont pas en avance sur leur temps. Sept ans que l’on n’avait pas vu les cinq quasi-quinquagénaires ressortir un album. C’est désormais chose faite avec «The Catastrophist». S’inscrivant dans la continuité de ce que le groupe a déjà produit, ces enregistrements se démarquent toutefois par des morceaux partiellement vocaux, Tortoise étant un groupe instrumental. Malheureusement, ils n’ont soit pas été joués durant le concert, soit joués de manière instrumentale. Difficile de décrire, voire de catégoriser, cet énième album alors que le groupe, créé en 1993, ne cesse de méticuleusement s’affranchir des étiquettes.

Pléthore d’univers

Sur des morceaux comme «The Catastrophist», la basse et la batterie groovent. Il n’y a rien à faire, si ce n’est se laisser emporter par ces mélodies de guitare et de piano qui finiront par vous convaincre que le concert de Tortoise était bel et bien celui que vous recherchiez. Mais la plupart du temps, impossible de savoir ce que le batteur a en tête, les rythmiques sont trop complexes. Il passe de rythmes 4-4 à d’autres plus élaborés. Par exemple 5-4 ou 9-4 comme sur «Ox Duke», très impressionnant à écouter. Mais il peut arriver que cela soit plus accessible, comme sur «Hot Coffee», où tous les ingrédients sont présents pour secouer machinalement sa tête de haut en bas.

Chacun des cinq musiciens ont pratiqué au moins trois à cinq instruments différents pendant le concert et ont changé de place quasiment chaque morceau. Autant dire qu’il vaut mieux ne pas lutter en tentant d’y voir plus clair lorsque l’on est pas un connaisseur. Il est préférable de se laisser guider, s’asseoir confortablement et profiter d’un voyage à travers une multitude d’univers musicaux: Le Post-Rock et son style instrumental, Le Jazz aux rythmes complexes, l’Electronica et ses mélodies synthétisées, ou même le Dub.

Sobriété

Les spectateurs ont eu droit à un concert d’exception. Les fans étaient comblés et les novices heureux d’avoir fait la découverte d’un tel répertoire musical en si bonne compagnie. Fait notable, le public était tellement satisfait par ce spectacle que Tortoise a eu droit à un double rappel sous les applaudissements de la foule. Le groupe le lui a bien rendu en retournant sur scène par deux fois pour effectuer de chaleureux et généreux remerciements. On est presque surpris de découvrir que les musiciens savent parler tant on ne les a pas entendu durant toute la durée du concert. Les morceaux sont instrumentaux et à aucun moment le groupe n’a fait de pause pour se présenter ou parler de ses chansons. L’un des seuls bémols de ce concert, avec le manque d’originalité dans le jeu des lumières. Peut-être n’est-ce là qu’un simple choix de sobriété, collant ainsi avec les personnages.