Culture | 01.02.2016

Ousmane Sembene, premier cinéaste africain

Texte de Amnah Al-Anbaki | Photos de Lisa Carpenter
«Sembene!» est un documentaire retraçant la vie d´Ousmane Sembene, premier réalisateur africain. Tink.ch était présent lors de sa diffusion au Black Movie Festival 2016.
Ousmane Sembene peu avant sa mort
Photo: Lisa Carpenter

«A 14 ans, je voulais être Français. A 17 ans, j’ai découvert un récit africain et j’étais fier d’être Africain», a déclaré Samba Gadjigo, professeur de français et de littérature africaine aux Etats-Unis. Avec le réalisateur américain Jason Silverman, il co-réalise un documentaire présentant un portrait contrasté d’Ousmane Sembene, réalisateur d’origine sénégalaise. Ayant personnellement fréquenté Sembene, Samba Gadjigo a moins de recul face au sujet. Ce n’est le cas de Jason Silverman, qui cherche avant tout à ajouter une touche d’humour dans ce film. Il introduit des extraits comiques tirés des anciennes oeuvres du premier réalisateur africain, rendant ainsi le documentaire plus sympathique à visionner.

Pionnier

Le film est une succession d’anciens extraits de films réalisés par Sembene, mais également d’interviews de lui-même ou encore de son fils.

En 1946, suite à un accident, Ousmane Sembene se retrouve immobilisé pendant six mois à l’hôpital. Il profite de ces instants pour se cultiver et constate qu’il n’y a aucune œuvre – que cela soit des films ou des livres – parlant de personnes de couleur. Il écrit alors “Les bouts de bois de Dieu”, premier livre où il dit «se reconnaître». Cet ouvrage décrit la grève que les cheminots africains de la ligne Dakar-Niger ont mené en 1947, du temps de la colonisation française. 

Mais le premier écrivain africain ne s’arrête pas là. Après avoir quitté le Sénégal pour étudier le cinéma à Moscou, Sembene rentre au pays, caméra à la main. Il est le premier homme à avoir amené cet appareil sur le continent, mais également à avoir tourné un long-métrage avec des personnes de couleur. Bien que la France avait interdit l’usage des caméras sur le continent, lui voulait donner la voix aux “sans voix”.

L’importance de l’héritage

Ce documentaire ne raconte pas seulement la vie du cinéaste sénégalais, mais décrit également son travail. On y voit des extraits de ses propres films et la richesse historique qui s’en dégage. Un héritage en train – malheureusement – de «pourrir», selon Samba Gadjigo.

Les films de Sembene sont intimement liés au contient auquel il appartient.  “La Noire de…” est son premier long-métrage et remet en question la façon dont on traite les Africains, considérés à l’époque comme des êtres inférieurs. Dans “Ceddo”, Sembene s’attaque cette fois directement aux Africains et montre la résistance de toute une population face à l’oppression religieuse. Ce film a d’ailleurs été censuré pendant dix ans sur tout le contient. Autre prise de position, dans “Moolaadé” cette fois, où le réalisateur n’hésite pas à dénoncer l’excision traditionnelle.

“Sembene!” offre au spectateur des témoignages touchants, lui permettant de réaliser à quel point cette icône a été importante historiquement. Mais également à quel point peu de personnes ne s’en souviennent.