Culture | 02.02.2016

Balthazar, le rock élégant

Texte de Amadeus Kapp | Photos de Amadeus Kapp
Le groupe de rock belge Balthazar, mêlant sobriété et folie, a transporté les spectateurs venus le voir au Festival Antigel à Genève.
Jinte Deprez, guitariste du groupe Balthazar
Photo: Amadeus Kapp

De la nonchalance à l’euphorie, de la gravité à la légèreté, de la sobriété à la folie, mais toujours mélodieux et envoutant: voilà comment le rock élégant de Balthazar se démarque de la pop rock conventionnelle.  Au son d’un clavier, les cinq musiciens du groupe arrivent sur scène et prennent place. C’est Patricia Vanneste, la violoniste, qui, la première, ouvre le bal avec le délicat « Decency« . Un voile de velours se pose alors sur les spectateurs avant que le reste des musiciens n’apporte son grain de sel et vienne troubler le calme pour installer une énergie communicative avec son public.

Un Balthazar pour plusieurs visages

L’un apporte les riffs, l’autre la sobriété. L’une la sensibilité, l’autre le « peps ». Et alors que l’on pensait avoir compris le rôle de chaque musicien, les voilà qu’ils se mélangent: le meneur échange sa place avec le second guitariste, la violoniste passe au clavier et le bassiste vient jouer avec les cymbales du batteur. Jamais l’on ne s’ennuie, car en plus d’une musique de qualité, la présence scénique du groupe est phénoménale. Un véritable « groupe », car si on les séparent, seul l’un des membres tiendrait la route pour captiver la foule.

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Ensemble, ils donnent l’impression de n’avoir à faire qu’à une personne aux multiples visages. S’il y a bien des passages chantés par une seule personne, c’est le groupe entier qui, la plupart du temps et d’une seule et même voix, élève ses chants à un niveau mystique. On le ressent particulièrement lors de morceaux tels que « True Love« , lorsque le rythme se fait lent, presque trainant, et que les musiciens, d’une voix, chantent, s’éloignant petit à petit des battements des instruments jusqu’à chanter a cappella. Balthazar arrive à faire fredonner un refrain ou à faire hurler les spectateurs tels des loups avec « I looked for you ». Le groupe transporte.

De la rue à la scène

Les premiers pas du groupe se font lorsque le guitariste Maarten Devoldere et la violoniste Patricia Vanneste font la rencontre d’un autre guitariste, Jinte Deprez. Ils sont à cette époque tous musiciens de rue et passent alors de rivaux de trottoir à membres fondateurs d’un même projet. Ils seront plus tard rejoint par trois bassistes différents se succédant ainsi que deux batteurs.

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Leurs premiers albums, « Applause » (2010) et « Rats » (2012), sont tous deux nommés «Album de l’année» aux Music Industry Awards. La réussite du deuxième album leur permet d’effectuer une tournée de deux ans.

 C’est pendant cette dernière que les deux guitaristes vont composer les différents morceaux de leur troisième album, « Thin Walls », notamment lors un séjour dans les chambres d’un monastère dont les parois étaient si peu épaisses (d’où le titre) qu’ils pouvaient entendre chaque idée sur laquelle l’autre était en train de travailler. Plus sombre que les précédents, les textes ont gagnés en maturité et en noirceur. Les désillusions de la vie et ruptures difficiles se sont ajoutées aux ambiances de beuveries et d’excès. Le résultat est tinté de rock furieux, accompagné de grooves entrainants et de mélodies envoutantes.
 L’un des meilleurs concerts de rock auxquels nous avons assisté.