Culture | 11.12.2015

Trois femmes, trois destins

«Climas» dresse le portrait croisé d´Eva, Victoria et Zoraida. Le long-métrage d´Enrica Perez offre trois perceptions différentes de la femme péruvienne avec une simplicité désarmante. Tink.ch était présent lors de sa diffusion au Festival FILMAR en América Latina.
Claudia Ruiz del Castillo joue Eva, une pré-adolescente qui apprend à se découvrir.
Photo: http://revistatarantula.com/

A travers le portrait de ses trois protagonistes, Climas adopte trois perspectives différentes, selon la région, l’origine sociale et l’âge. Dans la forêt tropicale amazonienne gambade Eva (Claudia Ruiz del Castillo). La préadolescente y expérimente sa sexualité à travers une relation interdite. Autre portrait, autre ambiance. Victoria (Fiorella De Ferrari), une mondaine de Lima, la capitale, fait face à son passé douloureux. Dernier portrait, celui de Zoraida (Maria Unocc), une femme âgée travaillant les champs dans les Andes. La visite de son fils après un long séjour en prison bouleverse son quotidien. La réalisatrice Enrica Perez signe en 2015 un voyage spatial et temporel dans la vie de femme.

 

Trilogie péruvienne

Climas («climats» en français) porte bien son nom: les protagonistes évoluent dans trois types d’environnements très différents (la forêt tropicale, la montagne et la ville). Le cadre extérieur représente la psychologie des personnages principaux. A l’instar de ces derniers, le décor joue un rôle central dans l’intrigue. Le climat tropical de l’Amazonie rappelle le caractère d’Eva, jeune fille vive et sensuelle. La grisaille de Lima se reflète dans l’attitude morose de Victoria, dont la retenue contraste avec la désinvolture de la pré-adolescente. Entre les deux se situe Zoraida. Culminant sur les hauteurs du Pérou, la paysanne à l’âge avancé est attendrissante. Aussi majestueux dans sa simplicité que les cimes des Andes, ce personnage ambigu navigue entre soleil et brume, entre joie et mélancolie.

 

Malgré cette richesse cinématographique, on regrette une analogie quelque peu schématisée entre le contexte géographique et la psychologie des personnages.

 

 

La femme en trois temps

Ce film non linéaire évoque trois étapes importantes de la sexualité féminine: l’éveil, la conception d’un enfant et enfin la maternité. Le mouvement, la danse et le contact caractérisent les relations d’Eva avec les autres personnages. La caméra, mimétique, s’agite elle aussi. De manière inhérente, les sens en éveil sont au premier plan dans ce récit, alors que la réserve est de mise dans l’univers citadin de Victoria. Des plans plus statiques illustrent l’impasse caractérisant son existence, notamment sa difficulté à concevoir un enfant.

 

La rencontre entre Zoraida et son fils, elle, met en avant les souffrances d’une mère dévouée qui perd le contrôle de son enfant. Le spectateur ressent la nuance entre l’amour maternel qu’a Zoraida pour ce fils indomptable et l’absence de confiance entre les deux être humains. Le film d’Enrica Perez rend compte en toute simplicité de vies à premier abord banales. Il est en cela réussi.