Culture | 01.12.2015

En quête de rédemption

Texte de Aurélie Rime | Photos de Variety.com
Ce néo-noir politique est le premier film réalisé par Salvador del Solar, également acteur. Magallanes (Damien Alcazar), chauffeur de taxi vieillissant, servait dans sa jeunesse comme soldat au service du Colonel Rivero (Federico Luppi), homme craint et puissant. La jeune indigène Célina (Magaly Solier) faisait office d´esclave sexuelle à ce dernier lors du conflit civil.
Magallanes (Damien Alcazar) lutte pour réparer les injustices du passé.
Photo: Variety.com

Ce néo-noir politique est le premier film réalisé par Salvador del Solar, également acteur. Magallanes (Damien Alcazar), chauffeur de taxi vieillissant, servait dans sa jeunesse comme soldat au service du Colonel Rivero (Federico Luppi), homme craint et puissant. La jeune indigène Célina (Magaly Solier) faisait office d’esclave sexuelle à ce dernier lors du conflit civil. Les deux personnes se retrouvent des années plus tard: Célina monte dans un taxi, provoquant un choc chez le chauffeur, qui n’est autre que Magallanes. Grâce à une photo compromettante, le chauffeur de taxi compte faire d’une pierre deux coups: se venger du vieux colonel fortuné et aider la jeune femme en proie à des difficultés financières. On comprend vite que ce geste ne relève pas uniquement de la bonne action.

La souffrance de tout un peuple

Ce film revient sur des évènements des années 80, en plein conflit armé péruvien. Le Sentier Lumineux, un mouvement maoïste, s’oppose au gouvernement. L’armée prend ses quartiers dans la région d’Ayacucho (sud du pays), fief du parti. En résulte la répression du peuple indigène et des dizaines de milliers de victimes. Sans recourir au flashback, del Solar parvient, à travers les dialogues, à faire revivre cette époque morbide.

Lors du conflit, Magallanes fait partie du camp gouvernemental. Ce dernier se positionne contre l’insurrection du Sentier Lumineux. La violence caractérisant le poste le marque profondément. A l’autre extrémité se trouve Célina, victime de cette répression. Elle représente la population indigène malmenée. L’actrice, Magaly Solier, porte ce rôle avec une grande dignité. Sa diatribe en quechua, sa langue natale, constitue le paroxysme émotionnel du film. On ne comprend pas ses mots, mais leur sens parait évident.

Réparer l’injustice

Magallanes est avant tout un thriller: cadence rapide, coups de théâtre et meurtres sont de mise. L’intrigue, basée sur le chantage, pourrait sembler classique au premier abord. Un maitre-chanteur amateur, une menace de scandale et de l’argent sale. Mais ce film est davantage qu’un simple thriller. Il aborde en fait le rapport au passé et la crise intérieure que traverse le protagoniste. On pense d’abord que Magallanes tente de tirer Célina de sa mauvaise situation socioéconomique. Une façon de prendre aux «riches» qui ont commis des crimes atroces et rendre aux victimes.

Plus le film avance, plus les justifications du héros se désintègrent. Là nait l’ambigüité morale: quel rôle le protagoniste a-t-il joué dans la captivité de la jeune fille? Quelles sont ses motivations à réparer les injustices du passé? Ce peut être l’amour, ou la quête de rédemption. Cette ambigüité fait la force réelle du film. Et met en évidence son message principal: on ne peut échapper à sa conscience entachée.

Ce film aborde la thématique des effets durables du conflit armé sur la population. Mais surtout, il sonde les mécanismes de culpabilité de l’individu. Si la photographie laisse quelque peu à désirer, Magallanes reste un film mémorable grâce à son analyse sociale et sa vision de la rédemption.