Culture | 15.11.2015

Voyage musical dans le capitalisme chinois

Texte de Aurélie Rime | Photos de ©Variety.com.
«Office», comédie musicale de Johnnie To, se déroule dans les locaux d'une multinationale chinoise peu avant la crise financière globale de 2008. Malgré un décor innovant et une photographie aboutie, cette satire se révèle relativement simpliste. Tink.ch a assisté à  la première suisse d'Office au Festival Tous Ecrans à  Genève.
Les employés de la multinationale chinoise sont totalement aliénés.
Photo: ©Variety.com.

Cette production musicale raconte l’introduction en bourse de la compagnie Jones & Sunn. Office s’ouvre sur le premier jour de travail de Lee Xiang (Wang Ziyi), personnage à  la fois ambitieux et idéaliste. Kat Ho (Lang Yueting), mystérieusement surqualifiée pour le poste, débute également. Ce duo fait écho à  celui formé par la PDG de l’entreprise, Winnie Chang (Sylvia Chang), et son président, Ho Chung-Ping (Yun-Fat Chow). Ensemble, ils décident de l’avenir de l’entreprise en dissimulant – mal – le secret de leur idylle. Après un début plutôt enjoué, le ton du film change: des signes annoncent trahison et crise.

 

Prison de verre

Visuellement attractif, entre ombre et lumière, le décor du bureau évoque le théâtre. La caméra glisse avec souplesse sur une architecture élaborée. Une immense horloge pivotant sur elle-même semble rappeler que «le temps, c’est de l’argent». Ce décor mouvant et rigide à  la fois est présent dans chaque scène, doublé d’un 3D non justifié.

 

Les murs disparaissent pour laisser place à  des cellules de verre. Des tubes métalliques complètent le cadre. Ces barreaux enferment les employés de bureau dans une machine à  profit. Dans Office, l’individu n’est qu’une petite pièce du grand rouage que constitue la Bourse. Les employés, totalement aliénés, s’engouffrent dans leur prison de verre plus tôt chaque matin. Une critique non dissimulée envers le capitalisme.

 

Mécanisme chorégraphié

Office alterne entre l’humour, la romance et le drame. Véritable comédie musicale, le quotidien des employés est traduit en chanson. Et ce, toujours autour des thèmes du pouvoir, de l’argent et de l’amour. Mais les textes répétitifs et irritants assomment vite le spectateur non sinophone. A moins que cela ne soit un problème de traduction. On ne saisit – malheureusement – pas bien l’importance des chansons. Ces dernières, mais également de nombreux dialogues, sonnent creux et rallongent le film sans vrai intérêt.

 

Dans Office, tout est chorégraphié. A l’image d’une queue bien ordonnée à  l’entrée du métro et des ascenseurs. En contraste avec cet engrenage bien huilé, les amourettes interdites et autres intrigues secondaires se succèdent mais ne font que brouiller le fil conducteur. Les innovations photographiques sauvent in extremis ce film au scénario simpliste.