Culture | 10.11.2015

«Spectre»: une réussite (trop) confortable

Texte de Mathieu Roux | Photos de Columbia Pictures.
Après un 23ème épisode tout en mollesse («Skyfall»), «Spectre», à  partir d'aujourd'hui dans les cinémas suisses, renoue avec la nervosité d'un «Casino Royale». Ce nouvel opus rend également hommage à  l'ensemble de la saga sous forme de clins d'S«il bienvenus. Néanmoins, il manque toujours une pointe d'audace pour en faire un James Bond d'exception. Le salut viendrait-il d'un petit grain de folie scénaristique?
L'acteur Daniel Craig incarnant James Bond.
Photo: Columbia Pictures.

Comparer Skyfall et Spectre est inévitable: même réalisateur, même acteur. Nul besoin de parcourir les deux films de long en large, il suffit de les réduire à  leurs scènes d’introductions respectives, hautement représentatives. Souvenez-vous, Bond débutait Skyfall en mauvaise posture: une balle tirée maladroitement le précipitait du haut d’un pont dans le vide. La scène reflétait l’état physique et psychologique dans lesquels 007 poursuivait l’aventure. Diminué, affaibli, usé, l’agent britannique perdait de sa superbe.

 

Au sommet de la chaîne alimentaire

A l’inverse de cette malheureuse séquence, Spectre démarre de façon grandiose avec un «James» littéralement aux manettes. Le film est lancé: de son statut d’espion sur le retour, 007 reprend la place de prédateur affuté qui lui revient de droit. Il traque, pourchasse, se jette dans la gueule du loup, en réchappe… Un vrai tank Churchill débarqué sur les plages de Normandie. Impeccable dans ses costards autant que dans sa conduite nerveuse de gentleman, rien ne semble l’atteindre, ni l’arrêter. Pas même le vilain de ce 24ème épisode, Ernst Stavro Blofeld, exhumé des profondeurs de la saga. Fondateur de l’organisation «Spectre», celui-ci est souvent considéré comme le pire ennemi de Bond, plus retors que tous les autres réunis.

 

Vibrant hommage

Spectre fait référence à  de nombreux films de la saga. L’organisation «Spectre» pour (SPecial Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion) apparaît dès le premier James Bond (James Bond 007 contre Dr No), tandis que la cicatrice de Blofeld, incarné par l’acteur Christopher Waltz, rappelle celle des anciens personnages apparus dans pas moins de sept films. La carrure de Mr Hinx, bras droit de Blofeld, renvoie à  celle de Jaws (L’homme aux dents d’acier), incarné à  l’époque par l’acteur Richard Kiel. La comparaison des carrures peut paraître anecdotique avant d’avoir visionné la scène du train de Spectre qui renvoie directement à  L’espion qui m’aimait. Cette scène finira par vous convaincre.

 

La routine britannique

Les points faibles de Spectre, inhérents à  la série, résident dans son scénario redondant. En premier lieu, l’agent secret se balade une énième fois de pays en pays. En parfait nomade, il visite successivement le Mexique, l’Italie, l’Autriche et le Maroc. Par moments, le film se rapproche plus d’une offre touristique que du film d’espionnage. Deuxièmement, les étapes de la rencontre avec la «James Bond girl» sont systématiquement identiques: méfiance, attirance, grand amour. Ce schéma caractéristique persiste, alors même qu’il engendre des scènes naïves et embarrassantes (notamment la scène de torture). Enfin, le rythme du film repose toujours sur un procédé binaire: l’alternance entre scènes d’action et scènes «calmes». Les séquences finales, sans grand intérêt et peu imaginatives, participent à  ce sentiment de redondance. Peut-être faudrait-il rappeler derrière la caméra Martin Campbell, l’homme de la «fracture». Celui qui avait relancé coup sur coup la franchise en réalisant GoldenEye en 1995 et Casino Royale en 2006.