Société | 12.11.2015

Les ports rhénans de Bâle sont-ils menacés ?

Texte de Sarah Carter | Photos de Katharina Good
Tandis que les unités de l´armée suisse répètent l´engagement à la frontière nord, les ports de Bâle se retrouvent plus que jamais exposé au public. Selon l´armée, ces vastes constructions au bord du Rhin seraient des infrastructures critiques, estimation qui fait émerger la question de leur importance pour notre pays.
Dans les ports rhénans, les biens sont stockés puis transportés par cargo jusqu’à Bâle.
Photo: Katharina Good

Près d’un tiers des importations annuelles en huiles minérales arrivent en Suisse par les ports rhénans de Bâle. Une interruption de l’approvisionnement aurait un impact négatif déterminant sur notre société. Afin de garantir la protection de ces infrastructures critiques ainsi que d’autres lieux de la région de Bâle, l’armée répète depuis la mi-septembre la défense de la frontière nord. En situation de crise, l’armée ne peut naturellement pas se déployer par elle-même ; les soldats ne peuvent intervenir que si les autorités cantonales ou le Conseil fédéral demandent leur soutien, conformément à la Constitution fédérale.

 

 

 

L’importance des ports rhénans

 

Bâle est le port le plus au sud du Rhin. Situé au nord et à l’ouest de la ville, il n’attire que très peu l’attention. Pourtant, le port est l’un de nos lieux de transbordement les plus importants en matière d’importation. Les produits sont acheminés jusqu’à Bâle par cargos dans des conteneurs. Le pétrole et les produits pétroliers tels que l’essence et le diesel représentent la part la plus importante des biens importés, en plus des matériaux de construction et des produits agricoles.

 

 

 

 

Lorsqu’en 2012, l’une des deux raffineries de pétrole de Suisse tombait en panne, l’importance de notre point d’accès à l’océan s’est accrue. Le port bâlois enregistra cette année-là une augmentation de trafic d’un million et demi de tonnes de produits pétroliers, soit environ 45 pourcents du commerce global. Toutefois, les importations ont depuis à nouveau baissé. Aujourd’hui, environ un tiers des importations annuelles en huiles minérales parviennent en Suisse par Bâle.

 

 

 

Exercice de troupe Conex 15

« Le port rhénan est très important pour l’approvisionnement de la Suisse », affirme Simon Oberbeck, porte-parole des ports rhénans suisses. Afin de protéger ces derniers ainsi que d’autres lignes d’approvisionnement autour de Bâle, l’armée procède à des mises en situation de crise durant une dizaine de jours. La toile de fond de l’exercice ressemble à un scénario catastrophe, qui prend la forme d’une réaction de défense face à une menace diffuse. L’objectif de l’exercice n’est en effet pas l’engagement contre des armées étrangères, mais la gestion d’un passage de frontière non-conforme.

 

 

 

Dans son scénario d’exercice, l’armée dessine le futur : « les ressources diminuent, le marché noir va croissant et les organisations criminelles sont puissantes. Les stocks de carburants et combustibles, de gaz et de céréales font l’objet de pillages et de sabotages. De plus, des tensions ethniques provoquent un afflux massif de réfugiés en Suisse. »

 

 

Situation de menace diffuse

 

En d’autres termes, si le passage de frontière est considéré comme représentant une menace pour la sécurité intérieure, le Conseil fédéral peut renforcer le personnel à la frontière – les gardes-frontière, la police ou les services de santé – par des unités de l’armée. Dans un cas extrême, les frontières ayant été ouvertes par Schengen devraient être à nouveau fermées, comme c’est le cas actuellement dans différents pays en raison des arrivées de réfugiés. La surveillance totale des frontières requerrait cependant énormément de personnel, et l’on peut se demander si les forces d’engagement nécessaires seraient disponibles dans un court délai.

 

 

Engagement dans le port

 

En opposition au scénario mentionné ci-dessus, Simon Oberbeck évoque de manière prudente d’éventuelles causes possibles d’une interruption d’exploitation du port rhénan, à savoir qu’il s’agirait obligatoirement de mesures d’urgence. Si une fuite de pétrole venait à se produire, des barrages flottants devraient être installés. En cas de besoin, une cellule de crise cantonale pourrait faire appel à l’armée, si la catastrophe prenait des proportions plus grandes. Bien qu’il n’ait relevé aucun acte de sabotage durant ses années de travail, Simon Oberbeck ne souhaite donner aucun renseignement à ce sujet, au vu de la nature des activités du port.

 

 

 

Il peut uniquement dévoiler que le centre de gravité de l’exercice des troupes sera fixé au port Auhafen à Muttenz, où les gros réservoirs de produits pétroliers se trouvent. Les livraisons des sociétés portuaires compétentes y seront stockées avant d’être transportées jusqu’aux stations-service. Afin de ne pas perturber inutilement l’activité du port, une fermeture complète de ce dernier est prévue chaque nuit entre 22 heures et 4 heures. Durant cette période, aucune personne non-autorisée ne peut accéder au port.

 

 

Formation des cadres dirigeants

 

Quel est le bilan ? Les communications de l’armée concernant son exercice sont autant évasives que l’était son scénario. Il est fort probable que les femmes et les hommes qui ont élaboré ce concept ne savaient pas vraiment contre quoi se défendre. Mais ce n’est d’ailleurs peut-être pas si important : le but communiqué de l’exercice était bien la coopération avec les autorités civiles.

 

 

 

Le soutien de l’armée lorsque les moyens ne suffisent plus est l’une de ses tâches centrales, ce que de nombreux médias oublient de souligner en rapport à l’exercice Conex 15. La professionnalisation des cadres dirigeants et la communication avec les partenaires d’intervention se situent au premier plan, car elle est également nécessaire afin que la réaction lors d’une situation d’urgence réelle puisse être rapide. Ce n’est pas à l’armée de décider de ce qui doit être considéré comme un cas d’urgence. Etant donné que seul le Conseil fédéral peut proclamer une mobilisation, l’armée s’applique à travailler des scénarios catastrophe.

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