Culture | 10.11.2015

La chasse aux sorcières rouges

Texte de Aurélie Rime | Photos de © Newsweek.
Des dialogues parfaitement calibrés dans un décor maccarthyste: «Trumbo» est une pure production hollywoodienne. En salles dès le 2 mars 2016, Tink.ch a assisté à  la première projection suisse au Festival Tous Ecrans à  Genève.
Dalton Trumbo (Bryan Cranston) dans son environnement naturel.
Photo: © Newsweek.

Hollywood, dans les années 1940. Dalton Trumbo (Bryan Cranston), scénariste de talent, est placé sur liste noire pour ses penchants communistes. Trumbo est, avant toute chose, un biopic du scénariste. Réalisé par l’Américain Jay Roach, ce film d’époque renferme tous les ingrédients d’un film à  succès: un décor théâtral, des acteurs brillants et un climat politique tendu.

 

Peur rouge

Pour structurer l’intrigue, Jay Roach instaure un bras de fer entre la Commission sur les Activités Antiaméricaines (la HUAC) et les Dix d’Hollywood. Ce groupe de scénaristes et de réalisateurs, mené par Trumbo et connu pour ses affiliations communistes, est jugé pour «antiaméricanisme». Emprisonnés car ils refusent de révéler le nom des autres «traîtres», les Dix d’Hollywood ont l’interdiction d’exercer leur métier.

 

Dans cette lutte, le diable est incarné par Hedda Hopper, interprétée avec brio par Helen Mirren. Cette chroniqueuse, grandement responsable du procès des Dix, emplit chaque scène de mélodrame nationaliste. Prenant ouvertement le parti des accusés, le réalisateur bascule dans le manichéisme. Mais les choses se compliquent lorsque naît la trahison parmi les victimes de la paranoïa maccarthyste. Dans Trumbo, il faut choisir entre la fidélité envers ses compagnons, allant de pair avec l’idéal communiste, et la carrière que l’on souhaite avoir. Un déchirement omniprésent chez chacun des Dix.

 

Anonymat

Contraint de travailler sous un pseudonyme après sa libération, Trumbo pond scénario sur scénario pour s’assurer un toit. Entre les navets, il parvient tout de même à  rédiger – sous un nom d’emprunt – des perles telles que «Vacances romaines», dont le scénario gagne un Oscar. Mais la frustration de ne pas être reconnu gagne rapidement Dalton Trumbo.

 

Personnalité théâtrale

L’effort d’écriture des dialogues a lieu d’être salué. Les discours du héros charismatique pourraient être «gravés dans la roche», comme le suggère Arlen Hird (Louis C.K.), un des Dix D’Hollywood. Frôlant la caricature, le maniérisme du scénariste est représenté à  outrance, notamment à  travers sa façon de tenir son fume-cigarette, d’engloutir son whisky ou encore d’écrire durant des heures dans son bain. Au-delà  de ces facettes-là  du personnage, l’idée qu’il se bat pour sa liberté de penser avec une fougue hors du commun est bien présente. Si l’ambition n’était pas de produire un biopic réaliste mais de faire l’éloge de la bravoure et du talent de Dalton Trumbo, Jay Roach a réussi son coup.