Culture | 15.11.2015

Entre silence et musique

Texte de Aurélie Rime | Photos de RollingStone.com
Sam Riley est exceptionnel dans «Control», film mélancolique retraçant la vie d´Ian Curtis, leader et chanteur du groupe mythique Joy Division. Ce biopic de 2007 en noir et blanc signé Anton Corbijn est un véritable portrait tragique d´une légende du rock. Tink.ch était présent lors de sa projection au Festival Tous Ecrans à Genève.
Sam Riley, excellent dans la peau d'Ian Curtis.
Photo: RollingStone.com

Ian Curtis (Sam Riley), adolescent énigmatique, rêvasse en cours de chimie dans le Manchester des années 1970. Ce jeune homme ne le sait pas encore, mais il renouvèlera le rock. Après être tombé sous le charme de Deborah (Samantha Norton), qu’il épouse à l’âge de 19 ans, il s’associe à trois musiciens pour former Joy Division. Control retrace l’ascension du groupe, mais surtout la dégradation de son leader.

 

Gloire douloureuse

Le mariage d’Ian et Deborah, amoureux et enthousiastes, ne tarde pas à engendrer un enfant. Mais le bonheur se transforme vite en fardeau pour le jeune rocker. La famille tranquille et rassurante qu’il forme avec sa femme et sa fille ne parvient pas à rivaliser avec la gloire des concerts faisant de plus en plus salle comble. Il cherche, désespéré, une échappatoire, qu’il trouve en Annik Honoré (Alexandra Maria Lara), charmante journaliste belge. Entretemps, le chanteur se découvre épileptique. La maladie le terrorise et le hante jusque sur scène.

 

Inspiré de l’autobiographie de Deborah Curtis intitulée Touching from a Distance, Control donne accès à l’état mental et physique – se détériorant à vue d’œil – de son mari. A travers le regard de Debbie, qu’il fuit constamment, on perçoit les changements de Ian dus à la maladie et la pression du succès. Le magnifique jeu d’actrice de Samantha Norton met le spectateur dans le rôle de cette dernière, dans le rôle d’une femme inquiète et patiente.

 

Portrait noir

Poète maudit, le jeune Anglais se retranche volontiers dans la solitude et le mutisme. Il est pourtant rarement seul. Que cela soit sa femme, les autres membres de Joy Division, ou ses groupies, il reste constamment entouré. Le silence d’Ian Curtis hors de la scène contraste fortement avec ses performances frénétiques en concert. Un paradoxe entre silence et musique, entre intimité et distance, très présent dans Control. Reflétant le titre, la perte de contrôle d’Ian est triple: il n’est d’abord plus maitre de son corps, épileptique, de sa vie personnelle ensuite et finalement de son succès. Un succès qu’il ne mesurait aucunement.

 

Anton Corbijn fait ses preuves dans un film successivement prosaïque et théâtral, teinté d’un noir et blanc lumineux et maîtrisé. Plus qu’un film, un superbe hommage.