Culture | 23.11.2015

Carmín Tropical: un thriller transgenre

Texte de Aurélie Rime | Photos de www.filmaramlat.ch
Thriller bien exécuté, «Carmín Tropical» (2014) raconte le meurtre mystérieux de Daniela, transgenre, dans un village mexicain. Sa meilleure amie, Mabel, elle aussi transgenre, tente de retrouver l´auteur du crime. Dans le cadre du Festival FILMAR en América Latina, Tink.ch a assisté à la projection de «Carmín Tropical».
Le charismatique José Pescina est particulièrement convaincant en travesti mélancolique.
Photo: www.filmaramlat.ch

Lauréat du Festival du Film mexicain Morelia, ce long-métrage tourne autour de Mabel (José Pescina), homme devenu femme. Paradoxalement, il se qualifie de «muxe» (travesti). Lorsqu’elle (Mabel parle d’elle et des ses amies au féminin, nous ferons de même ici, ndlr) apprend le meurtre de son amie Dani (poignardée 27 fois dans le dos), elle se donne la mission de retrouver l’assassin et revient dans son village d’origine, situé dans l’Etat de Oaxaca. Le retour de Mabel dans son passé est mélancolique et réveille des souvenirs douloureux. Mais également des amitiés délaissées. Tour à tour angoissant et poignant, ce thriller du réalisateur mexicain Rigoberto Perezcano, explore intimement le thème de la transsexualité.

Deux enquêtes pour un crime haineux

Pour compléter l’enquête policière qui laisse à désirer, Mabel retourne sur les lieux du crime. Elle interroge les proches de Dani, notamment ses collègues du bar à spectacle où les deux amies se produisaient. Le protagoniste va même jusqu’à visiter en prison son ex-mari Ruben, condamné pour le crime mais estimé innocent par Mabel.

Carmín Tropical dresse un tableau général de la communauté mexicaine, mais également des personnes LGBTI. Le film met en avant certains éléments de l’identité du pays: sa cuisine, son amour de la fête, ou encore l’importance de la famille. Malheureusement, aucun des personnages secondaires n’est complètement exploré sur le plan psychologique. Aucun, excepté le charmant chauffeur de taxi qui conduit Mabel sur ses lieux d’enquête. Modesto, joué par le talentueux Luis Alberti, apporte la légèreté qui manque à l’entourage du personnage principal. Le jeu de séduction qui s’ensuit entre lui et Mabel semble diriger le film vers une comédie romantique. Avant que l’assassin ne ressurgisse brusquement.

Identité menacée

Le charismatique José Pescina est particulièrement convaincant en travesti mélancolique. La tristesse et la détermination de Mabel pour trouver le meurtrier donnent à sa quête une grande noblesse. Entre deux journées passées à élucider le crime, elle passe par le bar où se tiennent des strip-teases et autres spectacles. En témoignent ses souvenirs de Dani – un brin répétitifs –, qui se déroulent uniquement dans des lieux de vie nocturne, en tenue à paillettes. On pourrait reprocher au réalisateur une perception étroite de la communauté LGBTI. Celle-ci semble se réunir quasi exclusivement dans des lieux de divertissement à connotation sexuelle. Mais le jeu d’acteur de Pescina permet au spectateur de saisir entièrement l’identité de Mabel, y compris ses difficultés et sa sensibilité.

Les plans américains en caméra tremblante suivant Mabel de dos ponctuent le film. Et nous rappellent que le tueur rode. Ces scènes évoquent la façon dont Dani a été assassinée. Le suspense et la tension sont au plus haut lors de ces moments. De par son identité même, Mabel est menacée par les crimes de haine. On atteint, au terme de Carmín Tropical, le paroxysme de la tension. Une fin elliptique qu’on ne peut qu’imaginer brutale.