05.09.2015

Le droit de participer

Texte de Lena Würgler | Photos de Annie Chemla)
Marie Wernham a défendu bec et ongles le droit des enfants à  participer à  des projets les concernant. Pour la consultante d'UNICEF, il s'agit là  d'un de leurs droits les plus fondamentaux. Partout dans le monde.
La consultante d'UNICEF, Marie Wernham. (
Photo: Annie Chemla)

 

Le dessin projeté contre l’écran schématise une petite fille, debout sur une table. À chacun des pieds du meuble est rattaché un article de la Convention des Droits de l’enfant des Nations Unies, un traité ratifié en 1989 par 193 pays, dont la Suisse, destiné à  garantir certains droits spécifiques aux enfants. «S’il manque un des pieds de la table, alors la fillette tombe », image Marie Wernham dans sa conférence. « Pour respecter les droits de l’enfant, il faut respecter tous les articles de la convention, pas un seul à  la fois », conclut la consultante d’UNICEF Suisse. La participation est l’un des droits dont bénéficient les enfants, sans lequel la construction s’écroule.

 

 

 

Un travail sur la durée

 

Depuis la signature du traité, de nombreuses études et initiatives expérimentales se sont intéressées à  la participation des enfants aux projets qui leur sont consacrés. UNICEF en a fait un combat, « pour que cela devienne une constante, naturelle, dans tous les domaines de la vie », explique Marie Wernham. Pour elle, la participation des enfants ne se limite pas à  une simple consultation pour obtenir leur opinion. Elle nécessite également leur intégration sur le long terme dans la mise en place d’un projet. La consultation constitue toutefois une étape importante, comme l’a montré ce projet de construction d’une place de jeu, pour lequel «les enfants questionnés ont demandé, à  notre grande surprise, de remplacer l’herbe par du béton, raconte la conférencière, parce que l’herbe cachait des objets dangereux, comme des débris de bouteilles ou des seringues».

 

 

 

 

Pas de hiérarchie des participations

 

Durant sa présentation, Marie Wernham a utilisé nombre d’images et de schémas pour tenter d’illustrer une problématique complexe et encore en construction. Elle a notamment présenté « L’Arche des droits humains », symbolisant le fait que, si l’Etat a des devoirs envers ses citoyens, ces derniers doivent également s’investir en échange, sans quoi l’arche s’écroule. « Il faut renforcer les deux côtés », a-t-elle défendu, soulignant l’importance de la contribution étatique comme civile. En montrant la « Grille de participation » de l’ONG Concerned for Working Children, la directrice d’UNICEF Suisse a souligné la capacité de ce schéma à  ne pas hiérarchiser les niveaux de participation. Car, selon elle, la réussite d’un projet ne dépend pas du degré d’investissent accordé aux enfants. « En fonction des contextes, il est même parfois préférable, par exemple, qu’une initiative ne viennent pas des enfants eux-mêmes mais des adultes ».

 

 

 

Quelques succès

 

Pour illustrer l’importance du combat d’UNICEF, la consultante de l’ONG a cité plusieurs exemples de participation réussie des enfants à  des projets. Comme ce questionnaire envoyé à  un million d’Ougandais, qui a révélé que 80% d’entre eux avaient été victimes de violence à  l’école. « Cette initiative a permis de faire changer la législation du pays », se réjouit Marie Wernham. Ou encore ce village où, constatant la consommation abusive d’alcool – pourtant illégale – par les adultes, « des enfants épaulés par une ONG ont compté le nombre de déchets retrouvés. Ils ont ainsi pu calculer ce que les hommes dépensaient en alcool et présenter les résultats au conseil municipal ». Résultat : fermeture des stands illégaux de vente d’alcool.

 

 

La Suisse sans Nids de poule

 

Dans le public, un spectateur se demande si la participation des enfants est la même dans tous les pays d’intervention d’UNICEF. L’experte cite alors un exemple de jeunes Indiens qui se sont mobilisés pour reboucher les nids de poule entravant la route qui les menait quotidiennement à  l’école. Après s’être vu refusé l’aide de la municipalité, les jeunes ont entrepris de réalisé le travail eux-mêmes. Marie Wernham a donc admis que, « dans la pratique, certains enfants du monde sont confrontés à  des problèmes que ne rencontrent par les jeunes Suisses ». Avant de préciser toutefois que, sur le fond, les stratégies d’intervention et d’approche sont les mêmes, où que l’on soit dans le monde lorsqu’il s’agit d’enfants.