Culture | 31.08.2015

Klee & Kandinsky: une amitié, mais pas seulement

Une histoire d'amitié traduite par un dialogue entre les S«uvres des deux grands artistes, des visions à  la fois similaires et dissemblables, mais encore, une évolution. Une exposition à  visiter et revisiter jusqu'au 27 septembre 2015 au Centre Paul Klee à  Berne.
Paul Klee und Wassily Kandinsky en 1929.
Photo: Nina Kandinsky / Centre Pompidou, Bibliothèque Kandinsky.

C’est une première au Zentrum Paul Klee de Berne: une exposition unique appelle le public à  s’évader dans le labyrinthe de la vie de deux artistes à  la fois proches et éloignés. Deux peintres à  la fois unis dans une évolution artistique qui leur vaut le nom de « pères fondateurs de l’art abstrait », mais divergeants dans leur appropriation de la réalité et dans leur technique. La collection est enrichie par le fruit d’une collaboration entre le Musée Guggenheim de New York, le Centre Georges Pompidou et la Nationalgalerie de Berlin. La mise en place d’une scénographie structurée et cohérente aboutit à  une reconstitution presque complète du chemin emprunté par les deux peintres. Ainsi, le projet ouvre les yeux du visiteur sur une manière différente et révolutionnaire de percevoir ce qui nous entoure. Une plongée atypique dans l’histoire de l’art, qui peut paraître audacieuse au premier abord, mais qui ravit la plupart de son public à  la sortie.

 

Début inattendu

Les premiers pas effectués dans la salle nous emmènent vers un début inattendu, qu’il est toutefois adroit d’avoir relevé pour permettre au public de saisir les racines des deux peintres. C’est avec grande surprise que l’on découvre des représentations  assez classiques de paysages. On apprend qu’elles ont été effectuées au début du XXème siècle par un juriste moscovite épris d’un amour fou pour son pays et par un jeune dessinateur suisse peu connu à  cette époque. Pourtant, les légendes nous le confirment: les peintres se cachant derrière ces Š«uvres sont bien Vassily Kandinsky et Paul Klee. Le choix des tableaux s’éclaircit lorsqu’on remarque une certaine appropriation du paysage. Cela rend la réduction à  une simple imitation de la nature impossible. À travers une palette de couleurs vives, Kandinsky nous évoque déjà  l’expressionnisme. Quant à  Klee, un air de primitivisme ressort par un jeu de formes géométriques de plus en plus minutieux que le visiteur décèle au fur et à  mesure.

 

Les chemins se rencontrent

Les compartiments suivants marquent les grandes étapes ayant réuni les deux artistes. Ils relèvent de nombreuses interactions entre Klee et Kandinsky, notamment grâce à  une juxtaposition bien pensée par les curateurs. Cela permet alors au visiteur de percevoir d’abord des analogies frappantes entre les Š«uvres. Leurs « carrés magiques » révèlent par exemple une forme de « dialogue » entre les tableaux de par leur similitude. Les sections surlignant l’attrait des deux peintres pour la musique et le mouvement les lient de nouveau. L’exposition a également mis en relief une « interinfluence » entre les deux peintres. Elle a de la sorte rompu une idée reçue en montrant que Kandinsky s’est lui aussi inspiré de son ami Klee.

Par la suite, le visiteur se rend toutefois compte des divergences au niveau des éléments ayant influencé les artistes. Certains tableaux nous apprennent que le peintre russe a beaucoup étudié l’univers microscopique. D’autres révèlent toute une étude géométrique ayant presque mené l’artiste suisse à  la création de sa propre langue basée sur l’utilisation de pictogrammes. Toute la présentation conserve étonnement une forme d’unicité malgré les nombreux aspects traversés et nous englobe dans une mutation artistique impressionnante.

 

Rupture et continuité

L’exposition aurait pu se terminer sur une période d’exil morose, montrant la vie qui a uni ces deux artistes, qui en a fait des révolutionnaires de l’art, puis qui les a éloignés l’un de l’autre et les a déracinés. Oui, l’exil n’est jamais facile, mais ce que paraît toutefois pointer la fin de la présentation, c’est une rupture ayant favorisé une continuité par un retour sur soi et ayant accentué le caractère unique de chacun des deux créateurs, ce qui fait ce que Paul Klee et Wassily Kandinsky sont aujourd’hui. «Alors sempre avanti!», avait dit Wassily Kandinsky à  Paul Klee en 1936.