Culture | 07.07.2015

Peur et cinéma

Texte de Raphael Fleury | Photos de Raphael Fleury
Patricia Lombardo, professeure de littérature française et de cinéma, a donné dimanche une conférence au Théâtre du Passage à  Neuchâtel : Les rythmes de la peur au cinéma.
Photo: Raphael Fleury

La peur, qu’est-elle ? Quels sont ses rythmes au cinéma ? Comment se manifeste-t-elle ? Patricia Lombardo, affiliée au Centre Interfacultaire en Sciences affectives à  l’Université de Genève, s’est intéressée à  ces questions, extraits de films à  l’appui. La conférence, en collaboration avec le Muséum d’Histoire Naturelle de Neuchâtel, s’inscrivait dans le cadre de la rétrospective Guilty Pleasures du NIFFF, qui compte une quarantaine de longs métrages.

 

La peur

La peur est une émotion primaire, peut-être la plus violente, celle qui ébranle le plus, et, au cinéma, elle fonctionne à  merveille, quand bien même le spectateur sait qu’il s’agit de fiction » a affirmé Patricia Lombardo en préambule. « Et elle est l’un des plaisirs coupables, un guilty pleasure » a-t-elle ajouté tout en esquissant un sourire. La peur, un plaisir coupable, vraiment ? En effet. L’idée est la suivante : le spectateur va éprouver du plaisir face à  la violence, la peur, l’horreur, oui, du plaisir. Alors que la violence, la peur ou l’horreur, dans la réalité,  et pour autant que l’on soit sensé, on les fuit.

 

Les rythmes de la peur

Encore faut-il la mettre en scène, la peur. La rythmer. « Au cinéma, le rythme touche trois cordes », a poursuivi Patricia Lombardo : « l’image, la narration et la musique ». L’image, tout d’abord. Par le montage, par des accélérations ou des ralentissements. La narration, ensuite. Il s’agit du récit : quelque chose se passe. La musique, enfin. Elle est plus qu’un ornement, elle fait partie intégrante du film. Ainsi, les maîtres du thriller, de l’horreur ou du suspense vont utiliser ces éléments pour la faire vivre, la peur. Certains lui donneront chair par des effets de surprise. D’autres en étirant le temps, c’est à  proprement parler le suspense : faire tenir en suspens. Il y aura encore ceux qui feront feront gicler le sang pour la nourrir, la peur. A moins qu’ils ne choisissent de faire se démembrer des corps.  Bref, les rythmes de la peur sont multiples.

 

Psychose : la célèbre scène de la douche

Patricia Lombardo a illustré ses propos par l’image. The Shining de Kubrick, Nosferatu Murnau ou encore Psychose de Hitchcock ont ainsi déployé toute leur saveur, gorgée de peur. La célèbre scène de la douche de Psychose, long métrage du maître du suspense britannique qui fut projeté dans son intégralité au NIFFF l’année passée, a été montrée au public. Une jeune femme, insouciante, prend une douche. La caméra s’attarde sur l’eau qui coule. Le cinéaste conjugue alors des éléments divergents : d’une part la perception du spectateur, qui voit l’ombre de l’assassin derrière le rideau, d’autre part celle du personnage, qui prend sa douche sans se douter que l’assassin s’approche. Et enfin, tandis que s’abat l’arme blanche meurtrière, retentit la musique, « dure comme une lame, a lancé Patricia Lombardo, « des instruments à  cordes qui ont la violence du tambour ».