14.06.2015

Le Valais arc-en-ciel

Texte de Julien Calligaro | Photos de Mariana Eduardo
La Pride Valais/Wallis 2015 a rassemblé plus de 7000 personnes. Dans une ambiance plutôt calme, quoique festive, une dizaine de chars a défilé dans les rues de Sion. Reportage.
Plus de 4000 personnes ont défilé ce jour-là  dans les rues de Sion.
Photo: Mariana Eduardo

La foule se rassemble en demi cercle autour de la scène, place de la Planta à  Sion. Non, il n’est pas question d’applaudir un groupe de musique. Pas question non plus d’assister à  un meeting politique. Quoique… La Pride Valais/Wallis à  peine entamée, on reçoit un flyer pour celle organisée à  Fribourg l’an prochain. Pour l’instant, c’est l’heure des discours officiels. Stéphane Rossini, président du Conseil national, décrit la fête comme une «contribution à  la cohésion sociale». Mehdi Künzle, co-président de Pink Cross, l’association faîtière des organisations gaies en Suisse, fait valoir d’existence de «droits aujourd’hui non-négociables». Entre deux applaudissements, des jeunes se frayent un chemin jusqu’au premier rang. «Ma fierté n’est pas nationale», peut-on lire sur une de leurs pancartes. Si on regarde un peu plus loin, on aperçoit d’autres affiches: «les « tapettes » aiment la raclette», ou encore «les paillettes c’est politique». Au tour du président de la ville de Sion de s’exprimer. Non sans une certaine retenue, Marcel Maurer dit son «respect pour les gens qui se respectent et qui s’aiment». Son discours, moins survolté que celui de ses prédécesseurs, n’est pour autant pas moins apprécié.

 

Générations

On nous dit que les chars nous attendent derrière la scène. Peu à  peu, la foule se déplace. Observant la parade de la terrasse des Brasseurs, un couple de retraités filme le début des festivités avec un téléphone portable. Le premier char, recouvert de velours rose d’un côté et bleu de l’autre, enclenche la musique. Les autres lui emboîtent le pas. Toute la parade est maintenant en marche, sous l’Š«il de plus de 3000 spectateurs. Parmi eux, une maman et sa petite fille, un ballon aux couleurs de l’arc-en-ciel à  la main. «C’était pour moi essentiel de l’amener aujourd’hui avec moi, raconte la mère de famille. D’autant plus qu’elle a une copine de classe qui a deux mamans.» Et sa fille d’opiner du chef. «Le Valais est rétrograde et archaïque, continue cette habitante d’Ayent. La société a évolué, mais les institutions non.» Elle dénonce une homophobie encore plus visible, notamment à  travers le positionnement de certains politiciens valaisans. Cette maman et sa fille ne font pas office d’exception. Tout au long du cortège, il n’est pas rare de croiser des familles venues avec enfants. Idem pour les séniors, à  l’image de ce couple septuagénaire d’Yverdon venu «par hasard». Ils disent rester pour l’ambiance.

 

Un peu plus loin, un autre couple observe le cortège d’un air circonspect. «Je peux vous dire que les Prides à  l’étranger, ça n’est pas pareille, lance la Sédunoise de près de 80 ans qui n’en est manifestement pas à  sa première. Ici, c’est tristounet!» Il est vrai que cette édition 2015 semble être à  l’image de la Suisse, tout en retenue. Pas plus que le soleil de plomb, l’ambiance relativement calme de ce samedi n’a tout de même pas empêché plus de 4’000 personnes de défiler. Une grande partie d’entre eux s’est enflammée au son des titres qui se prêtaient particulièrement bien à  l’occasion: I kissed a girl de Katy Perry ou encore Sans contrefaçon de Mylène Farmer. En apercevant un couple grimaçant, un  drag queen lance: «on aime les Valaisans… et les Valaisannes!». Interrogé au sujet de la manifestation, le couple a préféré ne pas répondre.

 

Jusque dans l’entreprise

En continuant de remonter le cortège, on repère Mathias Reynard, jeune Conseiller national. Le politicien publiquement engagé en faveur des droits LGBT défile au côté des « Hétéros ouverts » et arbore un large sourire. Sur le côté, une spectatrice les interpelle en levant les pouces en l’air. «Je les encourage», explique Chantal, 68 ans. Le temps de féliciter un couple de lesbiennes dans le cortège, elle poursuit: «j’étais présente lors que la première Gay Pride il y a 14 ans (la « Lesbian and Gay Pride & Friends » de 2001, ndlr). Le cortège était petit et l’ambiance triste. Je suis contente de voir que les mentalités ont changé». Arborant une robe toute en couleurs et un chapeau de paille, elle nous précise que le lieu où elle habite doit rester entre nous: «c’est un petit village, vous savez…». Sa phrase à  peine finie, elle repart féliciter d’autres personnes.

 

Après une heure et demie de défilé, la frénésie du cortège s’estompe. La musique se fait moins forte. Les premiers chars sont bientôt de retour à  la case départ. Au dernier moment, on aperçoit dans le cortège un petit groupe de personnes en polos jaunes, le logo de la Poste dans le dos. «Nous avons créé le groupe LGBT de La Poste en février dernier, nous explique fièrement Philippe. Notre direction générale nous soutient et est très attentive à  la question.» Selon ce Fribourgeois de 49 ans, dont 34 passé au géant jaune, le groupe dont il fait partie est bénéfique pour l’entreprise: «un collaborateur qui doit cacher une partie de sa vie est moins efficace au travail». La Poste leur alloue d’ailleurs un «petit budget». La fête, commencée à  midi, continuera jusqu’à  tard dans la nuit, notamment grâce à  l’aide de plus de 120 bénévoles.

 

 


 

Annulation

Du côté des opposants à  la manifestation, le calme était de mise. La fraternité sacerdotale Saint-Pie X, qui avait pourtant prévu une messe (réservée aux hommes) devant l’église Saint-Théodule l’après-midi même, a renoncé à  tenir sa contre-manifestation. Les organisateurs de la Pride avaient tout de même placé des barrières par précaution autour du lieu de culte.