Politique | 09.06.2015

Initiative sur les bourses d’études: une solution miracle?

Texte de Charlène Meyer | Photos de JM
Aujourd'hui, seuls 8% des étudiants bénéficient d'une bourse d'étude et 20% de ceux qui arrêtent leurs études le font à  cause de problèmes financiers. Dès lors, l'initiative sur les bourses d'études, soumise au vote dimanche, serait-elle la solution miracle ? Petit tour du côté des étudiants.
Pour les étudiants, la situation actuelle est vécue comme une injustice, car le canton d'origine ne devrait pas influencer l'obtention d'une aide.
Photo: JM

Le 14 juin, le peuple suisse votera concernant l’initiative sur les bourses d’études. Elle vise à  harmoniser le système de bourses d’études au niveau fédéral, afin de contrer les inégalités cantonales et donner les mêmes chances à  tous d’obtenir une aide. Si cette proposition semble idéale, reste à  savoir ce qu’en pensent les principaux intéressés: les étudiants.

 

«L’aide à  la formation est indispensable pour certains afin de mener un cursus universitaire complet. Le canton d’origine ne devrait pas avoir d’influence là  dessus! », décrie Augustine, 24 ans, étudiante valaisanne en sciences du climat à  l’Université de Berne. «Cette initiative permettrait à  beaucoup de personnes motivées, compétentes et ambitieuses de suivre les études de leur choix», ajoute Leïla, 24 ans, étudiante neuchâteloise à  l’Université de Lausanne, elle-même au bénéfice d’une bourse.

 

La raison récurrente pour laquelle les étudiants semblent majoritairement favorables à  cette initiative est celle de l’égalité des chances. Beaucoup soutiennent que le contexte familial et le canton d’origine ne devraient pas pénaliser un jeune qui possède les capacités de suivre les études qu’il souhaite.

 

Des inégalités importantes

Ceux qui ont la chance de bénéficier d’une bourse sont dans l’ensemble plutôt satisfaits. «Le montant couvre mes besoins, avec la pension alimentaire et les allocations familiales. J’arrive chaque mois à  mettre un peu d’argent de côté, qui permet de payer les frais ponctuels: taxes d’inscriptions aux cours, éventuels médecins ou dentistes, livres de cours, etc… », raconte Armelle, 22 ans, étudiante vaudoise à  l’université de Lausanne.

 

Mais la différence de générosité entre les cantons peut susciter un sentiment d’injustice, comme le relate Leïla. «J’ai l’impression de ne pas être soutenue du tout de la part du Canton ou de la Confédération. Une de mes connaissances venant aussi de Neuchâtel reçoit 1800 francs par mois! Alors que d’autres doivent tout simplement renoncer à  leurs études ou s’endetter jusqu’au cou pour plusieurs années… » Sans parler de ceux qui n’obtiennent pas l’aide espérée.

 

En guise d’exemple, le canton de Neuchâtel octroie en moyenne 2400 francs par année et par étudiant, alors que Zürich en donne 7500 francs. Et 20% des étudiants qui abandonnent leurs études le font à  cause de soucis financiers. Un problème qui pourrait être atténué grâce à  l’initiative.

 

 

«En Suisse, seuls 8% des étudiants bénéficient d’une bourse, un taux très bas comparé à  celui des autres pays européens», constate Ilias Panchard, co-président des Jeunes Vert(e)s Suisses et coordinateur de la campagne de votations. Pour tenter d’augmenter ce chiffre, les initiants proposent qu’un budget plus important soit réservé aux bourses grâce à  une contribution plus importante de la part de la Confédération. Celle-ci ne participe aujourd’hui qu’à  hauteur de 9% dans le financement des bourses d’études et laisse la responsabilité aux cantons de payer le reste, selon leurs propres critères. Ce procédé mène de fait à  une inégalité, perçue aujourd’hui comme une injustice par certains étudiants.

 

Une solution déjà  existante…

Il importe de prendre en compte qu’un concordat sur les bourses d’études, fixé en 2009, est en cours d’application dans 16 cantons et comporte déjà  l’idée d’harmonisation des critères d’octroi au niveau national. Il propose de donner au minimum 16’000 francs par étudiant et par année pour une allocation complète. «Seulement, les cantons ne sont en aucun cas tenus de respecter ce concordat», regrette Ilias Panchard.

 

… mais pas satisfaisante

Avec son contre-projet indirect, la Confédération annonce encourager les cantons à  le respecter en n’amenant plus systématiquement sa contribution à  ceux qui n’en tiendraient pas rigueur. Une solution qui ne semble pas satisfaisante d’après Ilias Panchard: «Ce système pourrait fonctionner si la Confédération donnait à  chaque canton la moitié du budget prévu pour les bourses d’études. Or, ce ne sera pas le cas.»

 

L’initiative est alors perçue comme une solution miracle, mais qu’en sera-t-il si elle n’est pas acceptée? «Même si elle est refusée, elle aura amené le problème sur la table», positive Armelle. Rendez-vous le 14 juin pour le résultat des votations.