Culture | 23.06.2015

Douce adolescence

Texte de Mathieu Roux | Photos de Sweet Girls
Auparavant diffusé à  Pathé Balexert (GE) du 27 mai au 23 juin, le film "Sweet Girls" est prolongé au Cinélux du 24 au 30 juin. Une excellente nouvelle qui permettra aux retardataires de visionner cette comédie drôle et piquante, tournée au Lignon avec des bouts de ficelle. Une bouffée d'air frais pour un genre quasi inexistant localement.
"Sweet girls" est une comédie drôle et piquante, tournée au Lignon (GE).
Photo: Sweet Girls

Au croisement de la fable sociale, de la «revanche révolutionnaire» et du récit amoureux, le film des réalisateurs Jean-Paul Cardinaux et Xavier Ruiz (d’)étonne.

 

Le pitch d’abord. Durant l’été, au cŠ«ur du grand ensemble du Lignon, deux adolescentes sans perspectives décident de libérer les appartements occupés par des personnes du troisième âge en les éliminant.

 

Elles considèrent l’ancienne génération directement responsables de leur situation précaire: «C’est les parents de nos parents qui nous ont niqué. Les vieux ont abusé du système… Nous, il nous restera que dalle». Délicieusement irrévérencieux. Toutefois, même si les deux cinéastes n’exploitent pas leur idée jusqu’au bout, le film n’en demeure pas moins intéressant et questionne le spectateur sur la place des aînés dans notre société, en abordant de manière originale le thème de l’intergénérationnalité.

 

Le décor ensuite. Coutumier des Genevois, le Lignon est magnifié par la caméra des deux réalisateurs qui en font un personnage à  part entière. Le film est traversé par une multitude de plans très beaux, tous au service du lieu. Ils évitent ainsi l’écueil de présenter la cité sous un angle inhospitalier et anxiogène. Le casting enfin. Les deux actrices françaises Flore Babled et Marie Petiot sont excellentes dans leurs rôles principaux respectifs et les plus anciens ne sont pas en reste. Qu’il s’agisse d’acteurs/trices confirmés ou de figurants directement issus du quartier et de ses alentours, ils s’en sortent avec les honneurs. Pour couronner le tout, la musique d’Alain Frey, créateur, batteur et producteur du groupe Aloan, colle parfaitement aux images.

 

«Avec presque rien, on peut faire beaucoup»

 

La citation est connue, la démarche aussi. Elle renverra même aux premiers films de certains grands réalisateurs pour les plus cinéphiles d’entre nous (J. Carpenter, D. Lynch, G. Miller, G. Romero, …). Pour Sweet Girls, c’est un cas d’école: 1h40 de film avec un budget de 150’000 francs. Une économie de moyens qui s’avère payante. Elle a certainement contraint les deux cinéastes à  redoubler de créativité et cela se voit à  l’écran. Des idées de mise en scènes inventives apparaissent, comme la transition efficace menant au photomaton, certains plans-séquences tournés depuis le chariot d’un supermarché ou encore la mise en situation imaginaire de Marie (Marie Petiot) dans le bus, aidée par une voix-off bienvenue.

 

 

 

L’humour tire également parti de cette débrouille puisqu’il suffit bien souvent d’un dialogue relevé pour décrocher un rire («tu t’es filmée la moule?»). D’ailleurs, les quelques passages vulgaires du film pourraient bien être la seule explication quant à  l’âge légal fixé à  16 ans. Si ce n’est pas le cas, le mystère relatif à  cette décision reste entier. Alors pour les plus jeunes, dès 14 ans, pensez à  vous y rendre accompagnés.