Culture | 06.05.2015

Snowden accusé d’espionnage: le monde à  l’envers

Texte de Helen Berih | Photos de ©Laura Poitras
Citizenfour retrace chronologiquement le scandale de la surveillance électronique de la NSA en trois phases : avant, durant et après les révélations. Episode 3 de notre série.
«Quand je ne serai plus là , j'espère que d'autres continueront !» (Edward Snowden)
Photo: ©Laura Poitras

APRES

Le 21 juin 2013, Snowden est condamné pour espionnage. «Le procès ne sera pas équitable», s’inquiètent ses avocats. L’antinomie: l’informaticien poursuivi pour la révélation d’une vérité alors que la NSA ne subit aucune conséquence juridique. Les avocats de Snowden insistent sur l’indifférenciation de la justice américaine entre l’espion et le lanceur d’alerte servant l’intérêt public. «L’affaire sera 95% politique et 5% juridique», selon les dires de ses avocats. « Le gouvernement américain s’est défendu en disant qu’il ne s’intéressait pas au contenu des conversations mais juste aux métadonnées : le nom des gens, qui appelle qui, pour quelle durée, informe Glenn Greenwald. Mais si je sais avec qui vous communiquez et avec qui ces gens communiquent, la durée des conversations et leur localisation, alors je peux apprendre beaucoup sur votre personnalité, votre activité et votre vie. »

 

Dossier saisis

Le 18 août 2013, le journaliste du Guardian, David Miranda, qui possède une partie des dossiers liée à  l’affaire, est détenu par la police britannique durant neuf heures lors d’un transit à  Londres, sur la base d’une loi anti-terroriste. Les dossiers en sa possession sont saisis ainsi que tout son matériel électronique.

 

Durant cette même période, le service de renseignements britannique (GCHQ) contraint le Guardian à  détruire les dossiers remis par Snowden. Le journal britannique les supprime en présence d’agents gouvernementaux mais les fichiers avaient été préalablement sauvegardés sur des serveurs distants. Cette scène ne révèle-t-elle pas l’incompétence des autorités à  l’ère numérique, la confusion entre journalisme et terrorisme, une méthode d’intimidation et une attaque de la liberté de la presse et de l’information? De plus, « nombre de documents saisis n’ont rien à  voir avec le terrorisme ou la sécurité nationale, mais avec la compétition entre pays: des intérêts industriels, financiers et économiques », indique Glenn Greenwald.

 

Le 26 septembre 2013, le journaliste indépendant et expert en sécurité Jacob Appelbaum, explique le système de surveillance au Parlement européen à  Bruxelles en concluant: «Surveiller, c’est contrôler !».

 

Le Pulitzer pour l’affaire Snowden

En 2014, suite à  la publication du programme de surveillance de masse, le Guardian et le Washington Post reçoivent le prix le plus prestigieux dans l’univers journalistique: le Pulitzer du service public. Un documentaire sur le courage et la désobéissance civique d’un citoyen prêt à  renoncer à  son confort de vie, à  sa liberté, à  sa famille, à  ses amis… pour protéger et garantir nos libertés et celle des générations futures. Edward Snowden a troqué son passeport américain contre l’exil à  Moscou. «Quand je ne serai plus là , j’espère que d’autres continueront !».