Culture | 30.04.2015

Un secret de polichinelle éclate

Texte de Helen Berih | Photos de © Laura Poitras
Citizenfour retrace chronologiquement le scandale de la surveillance électronique de la NSA en trois phases : avant, durant et après les révélations.
Snowden estime ne pas avoir à  se cacher pour avoir révélé une vérité et espère aider d'autres à  sortir du silence. Aussi contradictoire que cela paraît, la médiatisation représente aujourd'hui une protection pour lui.
Photo: © Laura Poitras

PENDANT

Le 3 juin 2013, à  Hong Kong, les huit jours dans la bulle commencent. Citizenfour est personnifié. Le décor: la chambre du lanceur d’alerte en devenir, Laura Poitras derrière la caméra et devant: Edward Snowden, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill, un journaliste du Guardian secondant son collègue.

 

« Plus rien ne peut nous choquer! »

Dans sa chambre, les rideaux tirés, Edward Joseph Snowden est assis sur son lit, pieds nus, en jeans et t-shirt. Le jeune informaticien tape son mot de passe caché sous une couverture. «Au point où nous en sommes plus rien peut nous choquer !», s’exclame Glenn Greenwald d’un rire soulignant l’inquiétude d’une dérive. Déterminé, conscient de la lourdeur de ses divulgations et des risques encourus, défiant face aux appareils électroniques, malgré la tension apparente, l’humour reste présent.

 

Protéger la vie privée: sa seule motivation

Parti furtivement des Etats-Unis, Edward Snowden refuse que son entourage ne subisse les conséquences collatérales de ses révélations. Lors de la transmission des dossiers et de la discussion avec les journalistes, Snowden ne cherche pas à  avoir la mainmise: «je m’en remets à  vous». Protéger la vie privée est sa motivation, «au détriment de la tienne», soulève Glenn Greenwald.

 

A cela s’ajoute le souvenir d’Internet à  ses débuts: un outil d’égalité, d’information, de liberté et de connaissance. En militarisant cet espace, la NSA l’a dévoyé et lui a enlevé son essence originelle. Il précise que la surveillance mène à  l’autocensure des utilisateurs. « Je préfère risquer d’être emprisonné que risquer la restriction de ma liberté intellectuelle et de celle et ceux qui m’entourent ». Dans ce portrait, Edward Snowden, inspiré par la culture du logiciel libre, se révèle bien loin du profil d’un employé gouvernemental. Il souligne un clash idéologique entre deux entités : d’un côté, les agences de renseignements secrètes (telle que la NSA) et prêtes à  sacrifier la vie privée des citoyens pour préserver leur intérêt, et de l’autre, Edward Snowden défendant la sphère privée et les citoyens face aux abus des institutions, l’Etat en l’occurrence.

 

Un secret de polichinelle éclate

Le 6 juin 2013, Glenn Greenwald publie le premier article dans le Guardian, un secret de polichinelle éclate. Lors des premières révélations, la source est anonyme, l’information doit rester au premier plan. Les révélations portent sur un système et aucune information n’est divulguée concernant les auteurs du programme de surveillance. La source doit-elle sortir de son anonymat ? Le journaliste d’investigation souhaite la protéger. Snowden estime ne pas avoir à  se cacher pour avoir révélé une vérité et espère aider d’autres à  sortir du silence. Aussi contradictoire que cela paraît, la médiatisation représente aujourd’hui une protection pour lui.