Culture | 24.04.2015

Protéger la vie privée au péril de la sienne: Citizenfour

Texte de Helen Berih
Sorti le 25 mars en Suisse romande, Citizenfour, couronné de l'Oscar 2015 du meilleur film documentaire, retrace chronologiquement le scandale de la surveillance électronique de la NSA en trois phases : avant, durant et après les révélations. Premier volet d'une série de trois articles.
Edward Snowden a contacté Laura Poitras pour révéler les écoutes de la NSA. © Praxis Films/ Trevor Paglen

AVANT

Big Brother, personnage de fiction de l’oeuvre 1984 créée par Georges Orwell en 1949, était-il une prédiction de la société en devenir ? En 2013, le programme de surveillance de masse de la NSA a été porté à  notre connaissance par les médias, Citizenfour nous en montre les coulisses en temps réel.

 

Le film documentaire est au plus proche de la source : Edward Snowden. Un informaticien actif chez un sous-traitant de la National Security Agency (NSA) à  Hawaii, âgé de vingt-neuf ans, contacte Laura Poitras, réalisatrice et journaliste américaine, par e-mail sous le nom de code Citizenfour. Puis, par la suite, le journaliste d’investigation et avocat Glenn Greenwald.

 

Pourquoi eux ? Parce que Laura Poitras a réalisé une trilogie documentaire post 11 septembre dénonçant notamment la guerre en Irak par l’intermédiaire de My Country, My Country, et abordant le sujet de Guantanamo grâce à  The Oath. Le dernier volet, encore en pleine recherche au moment où Edward Snowden la contacte, concernera donc finalement le programme de surveillance lorsqu’elle reçoit le fameux mail anonyme.

 

Elle-même a été placée sous surveillance par son propre gouvernement – être épiée, elle connaît. Elle a même déménagé à  Berlin pour y échapper. Quant à  Glenn Greenwald, il a rédigé de nombreux articles sur le sujet des lanceurs d’alerte. Le cryptage, confidentiel en apparence, s’extériorise sous différentes formes: le chiffrement apparent sur l’écran, la communication via les courriels, l’opacité des gouvernements, et le combat de Snowden. Son choix de les contacter eux et pas d’autres devient plus clair.

 

Avant les révélations de Snowden

Le film explore en cent quatorze minutes le Brésil, l’Allemagne, Hong Kong, les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Belgique. Le documentaire s’associe à  une frise chronologique depuis le précurseur de Snowden, William Binney, lui-même employé de la NSA et lanceur d’alerte puis l’instauration du Patriot Act, le combat des cyberactivistes tels que Jacob Appelbaum et le procès de la NSA dans les années 2000. Keith Alexander, directeur de la NSA entre 2005 et 2014, avait nié en premier lieu une mise sur écoute, et s’était rétracté par la suite en admettant un «espionnage involontaire». L’avocat de la NSA renforce les propos sur l’impossibilité d’un procès sans révéler de dossiers confidentiels. Les intérêts nationaux prévalent sur la sphère privée du citoyen.

 

Le début de l’intrigue

« Laura, à  ce stade, je ne peux t’offrir que ma parole. Je suis cadre pour les services des renseignements gouvernementaux. J’espère que tu comprends à  quel point il est dangereux de te contacter. Aujourd’hui, chaque frontière que tu franchis, chaque achat que tu fais, chaque appel passé, chaque antenne-relais croisée, chaque ami, chaque site visité, et chaque courriel rédigé, sont entre les mains d’un système au pouvoir illimité, mais pas totalement sécurisé. Si tu publies ces documents, je serai probablement immédiatement impliqué. Mais mon seul souhait est que tu informes les citoyens américains. Merci, et sois prudente. » CITIZENFOUR.

 

Prochain volet la semaine prochaine…