Culture | 01.04.2015

Présumée coupable

Mohamed Khan a présenté samedi dernier son dernier long-métrage à  l'occasion du Festival International du Film Oriental (FIFOG). "Factory Girl" est subtil et attendrissant. Le Grütli a fait salle comble pour l'occasion.
Yasmin Raeis interprète Hiyam, Égyptienne travaillant dans une usine de vêtements.
Photo: site officiel "Factory Girl".

C’est la fin. La dixième édition du FIFOG s’est clos samedi 28 mars par la projection Factory Girl. Le long-métrage de 90 minutes, dirigé par l’un des réalisateur marquant de la nouvelle vague égyptienne, Mohamed Khan, narre l’histoire d’une rumeur venant chambouler la vie d’une jeune femme. Hiyam (interprétée par Yasmin Raeis) travaille dans une usine de vêtements et tombe ouvertement amoureuse de son nouveau supérieur, Monsieur Salah (Hany Adel). Lorsqu’une de ses collègues trouve un test de grossesse dans une poubelle de l’usine, tous les « soupçons » se tournent vers Hiyam. Elle devra dès lors affronter les regards et critiques de son entourage. Hommage aux femmes indépendantes, Factory Girl retrace l’histoire d’un combat pour la dignité, rythmé au son de la voix de Souad Hosni, célèbre actrice égyptienne des années 1960.

 

 

Trois femmes singulières

Des nombreuses femmes qui composent ce long-métrage, Hiyam, sa mère et sa tante sortent du lot. Et ceci vaut autant pour les personnages que pour les actrices. Yasmin Raeis a d’ailleurs remporté le prix de la meilleure actrice lors de la 10ème édition du Dubai International Film Festival pour ce rôle. Quant aux hommes, ils ne sont que peu présents dans le film. Pourtant, ils sont au coeur de toutes les discussions. Hiyam ne cache pas son attirance pour son supérieur et ne se défend pas face aux accusations à  son encontre. Elle décide de continuer à  vivre normalement, malgré les nombreux obstacles que ses collègues, sa grand-mère et ses voisines mettront sur sa route. Mais Hiyam peut compter sur une alliée. Sa mère, au fort caractère, n’est pas comme toutes ces femmes. Elle a du reste été mariée à  un homme plus jeune qu’elle. Sa sŠ«ur, la tante d’Hiyam, est divorcée et vit seule avec sa fille. Deux situations atypiques au sein du quartier populaire du Caire dans lequel évolue la protagoniste. Mohamed Khan nous plonge dans un monde de femmes à  la fois solidaires et traîtres. Solidaires envers leurs collègues ouvrières, traîtres quant à  leurs conditions de femmes. Dès le moment où l’une d’elle transgresse les règles, elle est de suite exclue et agressée, tant verbalement que physiquement.

 

 

Qui ne dit point, consent…

La réalisation est subtile et attendrissante. Les spectateurs sont témoins du malheur d’Hiyam, mais la réalisation ne porte pas de jugement. Nous suivons l’amour grandissant de cette femme pour un homme dont elle (autant que nous d’ailleurs) ne connait rien. Un baiser, un test de grossesse dans une poubelle et le verdict s’abat sur Hiyam. Elle est enceinte. Les autres femmes l’ont décidé et tout nous le laisse penser. Spectatrices et spectateurs sont complices de ce jugement. Malgré les regards accusateurs et les commentaires injurieux, Hiyam décide de ne pas se défendre et accepte les nombreux châtiments de son entourage réprouvant l’attitude des femmes indépendantes. Des femmes comme Hiyam. Sa mère, d’abord en colère, prend sa défense par la suite face à  son beau-père furieux. Sa tante est aussi de son côté. Elle sera son plus grand soutien. Toutes ensembles, elles feront face à  la violence et la pression sociale.