Culture | 24.03.2015

To Kill A King, le talent humble

«Instantly, insanely catchy» : instantanément et follement accrocheur. C'est avec ces éloges que le quotidien britannique "The Guardian" débutait en février dernier sa critique du nouvel album de To Kill A King. Lorsque le groupe londonien s'est produit sur la scène du Bogen F à  Zurich jeudi dernier, les spectateurs n'ont pu faire que le même constat.
Le second album éponyme de To Kill A King est sorti il y a trois semaines. Il reçoit déjà  un bon accueil.
Photo: Wolf James Photography. Ralph Pelleymounter est celui par qui tout a commencé. Juliette Ivanez.

Il y a de ces villes où les choses ne sont pas tout à  fait ce qu’elles semblent être. À Zurich, l’impressionnant Viadukt dans le Kreis (district) 5 ne sert pas qu’au passage des trains de banlieue. Chacune de ses 36 arcades abrite un bar, un atelier, une boutique… ou une salle de concert ! À l’une des extrémités de l’édifice se cache en effet le Bogen F. A première vue, l’endroit n’est pas bien impressionnant, il ne doit accueillir qu’une petite centaine de personnes. Mais l’arcade de pierre qui surplombe la scène et l’escalier de ferraille donnant accès au balcon confèrent à  l’ensemble un charme fou, dans une ambiance à  la fois industrielle et chaleureuse.

 

A peine passé le seuil de l’arcade, l’engouement grandit. Quelle chance de voir un groupe aussi doué et prometteur que To Kill A King jouer dans un cadre si intimiste ! Car le pari est pris : ces Londoniens-là  iront loin. Mélodies puissantes, riffs obsédants : dans leur folk-rock planant, rien n’est vraiment léger, mais tout est bon à  prendre. On les même a comparés à  The National. Les textes sont touchants, parfois cyniques, presque lancinants et jamais vides de sens.

 

Mais au Bogen F, pas forcément évident pour un groupe de gérer harmonieusement une scène très exigüe et un public très proche. Pourtant ce soir-là , la complicité et le plaisir étaient évidents pour Ralph Pelleymounter et sa clique. Imposant, les yeux presque dissimulés par sa barbe fournie, celui par qui tout a commencé pose sur chaque morceau sa voix profonde, pesante, extrêmement maitrisée. Un timbre qui se fait doux, presque conteur, lorsqu’un intermède acoustique improvisé vient combler le flottement d’un souci technique. En équilibre au bord de la scène, l’ours n’est plus que miel. L’attraction semble réciproque et le public est fasciné. On a le sentiment tenace d’assister à  la genèse de quelque chose d’important. «C’est rare de voir des groupes aussi bons en live que sur leurs albums. Eux, ils étaient encore meilleurs», confie une spectatrice à  l’issue du concert.

 

Soutenu à  coup de premières parties et de clins d’Š«il par ses amis de Bastille, formation indie-rock qui a explosé ces dernières années, To Kill A King – TKAK pour les intimes – remporte enfin son petit succès. Leur second album éponyme, sorti il y a trois semaines, reçoit déjà  un bon accueil. Depuis début mars, le groupe enchaine une quinzaine de dates à  travers l’Europe. Et, plein d’humilité, garde la tête froide : pendant et après leur performance zurichoise, les cinq musiciens n’ont de cesse de remercier. Le staff de la salle d’abord, pour son incroyable hospitalité. Le public ensuite, qui leur permet de financer la production de disques – déjà  deux albums et trois EP au compteur. De rien, le plaisir est partagé.