Culture | 17.03.2015

The Storm Makers : ceux qui amènent la tempête

Réalisé par Guillaume Suon, The Storm Makers retrace le destin d'Aya, une jeune femme cambodgienne issue d'une famille pauvre, victime du trafic d'êtres humains en Malaisie. Sorti en 2014, ce film franco-cambodgien est un chef d'S«uvre poignant qui dénonce le commerce d'être humains et ses conséquences au sein de la société cambodgienne contemporaine.
Aya est rejetée par sa mère, qui lui reproche d'avoir ternie la réputation de la famille. (FIFDH)

Alors que l’agence lui promettait un travail de femme de ménage bien rémunéré en Malaisie, la jeune fille sera vendue comme esclave. Deux années de maltraitance et d’exploitation par le maître de maison s’ensuivront. N’ayant rien à  perdre, la jeune femme prendra la décision de fuir et de rentrer à  la maison. Un séjour dont elle gardera des séquelles toute sa vie.

 

C’est avec un grand talent que Guillaume Suon raconte l’histoire terrible d’Aya, l’illustrant avec des témoignages de ses proches, mais aussi ceux des trafiquants, des recruteurs d’esclaves et d’autres victimes.

 

Un documentaire poignant

 

Le documentaire, très réussi, ne laisse pas indifférent. Et pour cause, The Storm Makers nous fait découvrir l’histoire d’une jeune femme meurtrie par l’abandon, la pauvreté, l’esclavage, le viol et la prison. Le destin d’Aya ainsi que ses conséquences sur celui de sa famille est raconté de façon poignante. Quelques scènes sont particulièrement troublantes. On retiendra notamment les pleurs d’un père saisi de culpabilité et l’aveu d’Aya sur la maltraitance de son fils.

 

 

Face à  une mère sans cŠ«ur, rejetant sa fille parce qu’elle lui reproche d’avoir ternie la réputation familiale, le père verse toutes les larmes de son corps pour le malheureux destin que sa fille a dû vivre à  cause d’eux. Alors que revenir mutilée ou mourir en Malaisie auraient été des issues plus favorables que de revenir avec un enfant issu d’un viol pour la mère, le père assume ses responsabilité face aux horreurs vécues par sa jeune enfant.

 

Encore humain ?

 

Considérer Aya comme victime est évident, tant cette jeune femme porte en elles les cicatrices de la violence qu’elle a subit. Pourtant, elle avoue que l’unique raison pour laquelle elle a décidé de garder son enfant est pour le maltraiter, et ainsi se venger de celui qui a abusé d’elle. Le récit du périple d’Aya et ses conséquences destructrices soulève la question de la maltraitance. Est-ce qu’une telle histoire personnelle disculpe la jeune femme des violences qu’elle inflige à  son fils ?

 

Dans un monde où la pauvreté pousse des parents à  vendre leurs enfants, le destin d’Aya nous fait comprendre non seulement que la pauvreté pousse à  des situations extrêmes, mais également que l’application de la justice épouse souvent les intérêts d’une minorité de personnes riches. Un constat amer qui n’échappe pas à  Aya : »il semblerait que ce sont toujours les riches qui gagnent et les pauvres qui perdent. »

 

Ce documentaire touche, révolte et interroge. Guillaume Suon, déjà  présent au Festival du Film International et Forum des Droits Humains avec son film Les Noces Rouges en 2013, a réussi, encore une fois, à  réaliser une Š«uvre magistrale.