Politique | 03.03.2015

Les ménages suisses mis à  mal

Texte de Eugénie Mathieu | Photos de luise/pixelio.de
Les Suisses devront se prononcer le 8 mars prochain sur l'initiative visant à  remplacer la TVA par une taxe énergétique. Cette taxe aura notamment un impact sur le chauffage et les transports. Le quotidien des ménages serait alors sérieusement modifié. Tour d'horizon des conséquences négatives de cette initiative populaire.
L'initiative des Vert'libéraux prévoit de remplacer la TVA par une taxe sur les énergies les plus polluantes. Le but est de favoriser les énergies dites "propres".
Photo: luise/pixelio.de

L’initiative des Vert’libéraux est «aventureuse sur le plan fiscal et pas sociale», lance le Conseiller aux Etats Didier Berberat (PS/NE). Cette initiative populaire prévoit de remplacer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) par une taxe sur les énergies fossiles. Son but ? Minimiser les rejets de gaz carbonique à  travers une fiscalité énergétique. L’initiative prévoit également certaines mesures complémentaires, comme le fait que la nouvelle taxe devra fournir autant de recettes que la TVA. Le texte certifie aussi vouloir réserver au financement du réseau ferroviaire jusqu’à  1.5% des recettes de cette nouvelle taxe. Finalement, une mesure pour les ménages les plus pauvres prévoit la redistribution de 5% du produit non affecté de la taxe à  la réduction des primes d’assurance maladie des ménages concernés.

 

Ponction

Quels impacts ? Les sous-produits pétroliers représentent plus de la moitié de la consommation énergétique suisse. On les utilise principalement sous forme de carburants ou de combustibles de chauffage. D’après Didier Berberat, la taxe écologique des Vert’libéraux «ponctionnerait beaucoup les ménages en matière d’énergie, déclare-t-il. Pourtant, on sait que pour un ménage modeste, l’énergie représente 2.1% de frais de plus que pour un ménage à  plus haut revenu». Le chauffage est assuré à  49.2% par le mazout. Les habitations, les bâtiments publics et résidentiels en sont les premiers consommateurs. Les ménages sont dépendants de leur chauffage centralisé et de leur poêle à  mazout, car ils sont difficilement remplaçables. Cela autant techniquement que financièrement. Conserver sa chaufferie ou la remplacer pourrait grever le budget des ménages. La rapide transition énergétique que nécessiterait l’initiative des Vert’libéraux exigerait de lourdes dépenses.

 

Autre impact concret : la mobilité. «Si vous faîtes baisser la consommation d’essence, le litre sera toujours plus cher», réagit Didier Berbarat. Certains investiraient dans des véhicules écologiques ou renonceraient à  la voiture pour faire des économies. Autres alternatives : le co-voiturage, les transports en commun ou encore le vélo. Cela modifierait les actuelles conditions de circulation. La taxe n’anticipe pourtant pas les exigences d’une nouvelle dynamique routière. Seul avantagé, le réseau ferroviaire bénéficierait par contre d’une redistribution des recettes de la taxe à  hauteur d’un demi pour-cent.

 

Bon élève

L’exemple de la Suède est parlant en matière d’écologie. Le fioul et le gaz ne représentent à  eux deux qu’environ 1% des ressources totales utilisées dans ce pays pour le chauffage. La biomasse et les biocarburants sont l’apport énergétique majoritaire des ménages. Les voitures roulent essentiellement à  l’éthanol. Le biocarburant est en effet à  environ 1.1 franc le litre, soit 20% moins cher que le litre d’essence. Le gouvernement suédois s’est engagé depuis plus de vingt ans pour une réduction de la consommation des énergies non-renouvelables. En Suisse, les mesures écologiques n’ont pas fait autant de chemin qu’en Suède. L’initiative des Verts’libéraux requerrait le remplacement des voitures et des systèmes de chauffage, afin que les frais liés aux transports et au chauffage ne gonflent pas. Il faudrait prévoir de nouveaux fonds pour subventionner les travaux de chaufferie et le changement de véhicules, afin de faciliter la transition énergétique.