Politique | 01.02.2015

La politique, mal-aimée de la jeunesse

Texte de Jorel Towa
La politique fatigue-t-elle les jeunes ? En tout cas, force est de constater que hormis les 200 adolescents qui participent annuellement à  la Session fédérale des jeunes, le sujet ne fait bondir les foules. Analyse des causes et esquisse de solutions.
Plénum lors de la Session des Jeunes

On connaît l’impact médiatique de la votation du 9 février «contre l’immigration de masse», et aussi les réactions internationales qu’elle a suscité. Les jeunes en particulier n’ont pas été épargnés. Grands déficitaires de cette initiative, ils ont en plus été accusés de ne pas s’être assez rendus aux urnes. Si les fameux 17% de participation ont été largement contestés, il n’en reste pas moins l’ impression d’un désintérêt de la jeunesse pour la vie politique.

 

Selon une étude réalisée en 2011 par Georg Lutz, politologue à  l’Université de Lausanne, seulement 32% des jeunes suisses entre 18 et 24 ans sont politiquement actifs. Sachant que la population helvétique de cette tranche d’âge était de 531’450 citoyens en 2011, cela ne représente que 170’064 participants. Une goutte d’eau dans l’océan ?

 

La même réplique qu’il y a dix ans

Parmi les jeunes interrogés, la réplique est souvent la même: «De toute façon, que je vote ou non, cela ne changera rien». Une sorte d’aberration qui miroite les carences politiques que vivent pas mal de citoyens suisses. Bastien, 34 ans, affirme qu’il y a 10 ans, la réponse de ses amis était déjà  la même. Lui, au contraire a toujours voté dès sa majorité et a pris conscience assez tôt des enjeux représentés par les votations. «L’intérêt varie énormément en fonction des parcours de vie et la non-participation n’est pas à  considérer comme un signe de méfiance», remarque Georg Lutz.

 

La participation de la jeunesse à  la vie politique ne semble donc pas être une question d’époque. Ou tout du moins, il n’existe pas de grande différence d’avec la génération de nos parents. Un avis partagé par Georg Lutz. Pour lui, le problème réside dans le manque d’information. Le politologue considère que les jeunes ne lisent pas assez, avec pour impact de moindres connaissances au sujet de l’actualité politique et, de ce fait, un faible intérêt pour ces questions.

 

De son côté, Martin Bellinghof pointe du doigt les partis politique: «ils devraient s’interroger d’avantage sur l’intégration de la jeunesse et proposer des discours politiques plus compréhensibles pour les jeunes d’une part, mais aussi pour le peuple suisse dans sa globalité.»

 

«Recruter» plus jeune ?

«Peut-être que si on les payait, les citoyens, dont les jeunes, voteraient», déclare en riant Georg Lutz. Plus sérieusement, selon lui, l’éducation civique a besoin d’être renforcée. Dans la même lignée, Martin Bellinghof, maître d’enseignement et de la recherche à  l’Université de Lausanne, encourage le droit de vote à  16 ans. «Ceci pourrait influencer le taux de participation à  la hausse», par une plus forte compréhension et implication avant l’entrée dans la vie active pour la plupart.

 

<p align= »justify »>Dernier élément que déplore Georg Lutz, et qui peut avoir son rôle à  jouer: le nombre trop élevé de scrutins en Suisse. «Entre les votations communales, cantonales et fédérales, on vote beaucoup trop souvent». Abaisser leur nombre permettrait peut-être à  la jeunesse de prendre plus de temps pour s’y intéresser. Mais c’est cela le monde politique suisse.</p>