Politique | 27.02.2015

Double libéralisme

Combinant valeurs progressistes et libéralisme économique, le parti vert'libéral détone.
Pour Laurent Seydoux, vice-président suisse des Vert'libéraux, "la famille traditionnelle n'existe plus. La politique doit donc s'adapter".
Photo: mise à  disposition

Produit de mauvais encaveur, fausse bonne idée, insensée, chère, … Les détracteurs de l’initiative des Vert’libéraux soumise au vote le 8 mars n’y vont pas de main morte. Le texte constitutionnel veut remplacer l’actuelle taxe sur la valeur ajoutée (TVA) par une taxe sur l’énergie. Pour une première initiative populaire, le parti vert’libéral ne fait pas dans la demie mesure. Les élections fédérales 2015 approchent. C’est le moment de se frayer un chemin dans l’arène politique suisse. Une arène déjà  bien encombrée.

 

 

La politique doit s’adapter

Tout a commencé l’été 2007. Le parti vert’libéral est né de la fusion entre les ailes libérales des Verts saint-gallois et zurichois. Il obtient la même année 1.4% des voix aux élections fédérales. Pour passer à  5.4% en 2011. Il a fallu attendre 2012 pour entrevoir leur première attaque. Leur arme ? Une initiative parlementaire voulant supprimer le tir obligatoire hors du service. Premier essai raté : le Conseil national n’y a pas donné suite. Sans attendre, le parti contre-attaque l’année suivante. L’initiative parlementaire a cette fois pour but d’instaurer le mariage pour tous. Une première. La Commission des affaires juridiques du Conseil national a récemment accepté d’y donner suite. Un tabou est brisé. «La famille traditionnelle n’existe plus, elle évolue, remarque Laurent Seydoux, vice-président suisse des Vert’libéraux. La politique doit donc s’adapter.» Un constat apparemment partagé par les Suisses. Deux sondages parus le week-end dernier dans la SonntagsZeitung et dans le SonntagsBlick montrent qu’une majorité des Suisses approuvent le mariage pour tous (71% dans la SonntagsZeitung et 54% dans le SonntagsBlick).

 

 

Position stratégique

A priori, l’heure est à  la fête pour les Vert’libéraux. Pascal Sciarini, politologue à  l’Université de Genève, admet que le parti a un fort potentiel électoral. Mais la situation semble plus compliquée : «L’espace politique suisse est déjà  bien occupé, observe-t-il. En tant que petit parti, il n’est pas certain qu’il réussisse à  se faire une place à  l’intérieur». Pourtant, tandis que le Parti bourgeois démocratique (PBD) chasse sur les terres de la droite gouvernementale, les Vert’libéraux ont le champ libre. Le parti de Martin Bäumle a l’avantage d’occuper une position stratégique dans l’espace politique suisse, mêlant libéralisme économique et valeurs progressistes. Une position idéologique unique dans l’espace politique suisse. C’est d’ailleurs ce qui fait, selon Laurent Seydoux, la force de son parti : «nous voulons amener une nouvelle sensibilité», lance-t-il. Une occasion en or ?

 

Pour Pascal Sciarini, il s’agit plutôt de stratégie. Selon le politologue, «ces initiatives ne visent pas à  influencer la politique, mais bien à  permettre au parti de se profiler et faire en sorte que l’on parle de ces thèmes pour ensuite pouvoir bénéficier des retombées électorales». Autre son de cloche du côté des Vert’libéraux. Même si Laurent Seydoux admet que son parti a besoin du soutien du peuple à  travers les élections pour qu’il ait une légitimité, le but premier de ces initiatives n’est pas de gagner des sièges : «les Vert’libéraux veulent avant tout un Etat durable et une politique qui puisse s’adapter à  une société en pleine évolution». Stratégie ou non, l’audace est au rendez-vous. Il faudra attendre le mois d’octobre pour voir si elle paie dans les urnes.