Culture | 28.01.2015

Le pluriel de documentaire: des engagements

Texte de Fanny Scuderi | Photos de © Agora Films
Le documentaire "L'Abri" de Fernand Melgar a été primé par le jury des jeunes de Locarno en 2014. Est-ce la preuve que la thématique de l'immigration mobilise les jeunes ? Enquête.
L'Abri, de Fernand Malgar, expose la dure réalité des requérants d'asile. Le documentaire a reçu le Prix du Jury des Jeunes lors du festival de Locarno en 2014.
Photo: © Agora Films

Projeté jusqu’au 29 janvier aux Journées de Soleure, le film L’Abri de Fernand Melgar se déroule à  Lausanne, charmante ville romande. Correction: il se déroule dans les sous-sols de Lausanne, dans les abris de la protection civile. Il nous immerge dans le quotidien des réfugiés dont l’unique demeure est un abri ouvert de nuit uniquement. Le documentaire a reçu un prix du jury des jeunes au festival de Locarno 2014. Serait-ce la preuve que les jeunes sont interpellés par ces problématiques ?  Enquête.

 

Un prix particulier pour un film particulier

Le film s’est vu décerner la «mention spéciale du jury». Aïcha Belkhodja, membre du jury des jeunes du festival et étudiante suisse explique pourquoi : «Beaucoup d’entre nous étions frustrés de ne pas lui décerner de prix et nous voulions absolument lui donner une récompense, car ce film était tout de même le plus proche de nous.»

De plus, les discussions animées que le documentaire a suscitées parmi les membres du jury font partie des raisons pour lesquelles il leur semblait important de lui décerner un prix. «Nous avons longuement débattu sur la neutralité du film. Certains le trouvaient trop subjectif et d’autres pas assez. Fernand Melgar reste très distant, ce qui en fait un film très suisse.»

Les avis politiques de chacun ont aussi alimenté le débat: «Le jury était composé de jeunes étudiants suisses venant des quatre coins de notre pays, le film nous a offert l’opportunité d’apprendre de nos différences», explique-t-elle. Les passions suscitées par l’Abri, à  l’image de celles que la thématique engage en Suisse, en ont fait un film particulier aux yeux du jury des jeunes.

 

Une réflexion sur soi-même

De plus en plus de jeunes s’engagent en faveur des requérants d’asile, témoigne David Muller, responsable Croix-Rouge Jeunesse des activités au centre de requérant d’asile de Saconnex. «Les jeunes se sentent vraiment utiles en allant à  la rencontre des enfants et adolescents du foyer. D’année en année, le nombre de jeunes bénévoles intéressés par l’activité augmente.» Pourquoi ? Pauline Milani, co-présidente de Solidarités sans frontières, ouvre une piste. Rencontrer des personnes qui ont dû quitter leur pays, souvent péniblement, mène à  la réflexion. «La situation des migrants réveillent chez les jeunes la question de leur place dans le monde. Etre confrontés à  des personnes aux parcours migratoires montrent à  quel point les situations n’ont rien de naturel mais qu’elles sont dues à  une situation politique et sociale», raconte-t-elle.

 

Se confronter à  cette réalité, qui reflète l’inégalité première du lieu de naissance, a un impact. «Quand vous comprenez, de l’intérieur, ce que cela représente de vivre avec 10 francs, un sandwich et une pomme par jour, ainsi que devoir quitter l’abri de la protection civile à  8h du matin pour n’y revenir que le soir en plein hiver, vous ne pouvez qu’être motivé à  vous engager pour le droit d’asile», raconte Illias Panchard, co-président des Jeunes Vert-e-s Suisse, très engagé dans le paysage politique helvétique.

 

Un engagement intergénérationnel

L’engagement vis-à -vis de cette problématique ne date pas d’aujourd’hui comme nous le confirme encore Pauline Milani: «Il y a autour des jeunes d’autres personnes avec une longue expérience de l’engagement et qui montrent que la révolte est quelque chose d’intergénérationnel, même si les formes d’engagement peuvent varier d’une génération à  une autre.»

 

La Suisse est caractérisée par un long historique de migrations. Certains y ont trouvé, souvent dans la douleur, de quoi nourrir les leurs et d’autres sont arrivés ici avec l’espoir de vivre sans menace «Chaque génération est marquée par le contexte politique qui l’entoure. Nos parents ont connu le Rwanda ou la Bosnie, nous vivons maintenant les crises syriennes et érythréennes. Cela marque une partie de notre génération et nous connaissons tous quelqu’un ou les parents d’un ami qui ont dû quitter leur pays pour des raisons politiques», analyse le co-président des jeunes vert-e-s suisses.

 

Ainsi, de nombreux jeunes ont compris que «cette autre réalité» exposée dans le film de Fernand Malgar est un quotidien pour beaucoup de personnes. Celui-ci a en plus le mérite «d’être un portrait de notre petite Suisse que nous ignorons» comme nous le dit la membre du jury. Un film qui sait convaincre et des jeunes prêts à  prendre le relais, voilà  qui peut rassurer les plus pessimistes en ce début d’année.

 

 


Premiers pas

Cet article a été réalisé par son auteur dans le cadre de notre programme de formation aux fondamentaux du journalisme. Bases de l’écriture d’un bon article, introduction aux différents genres journalistiques, exercices pratiques: tout ce qu’il faut savoir en huit ateliers, de septembre 2014 à  mai 2015. Plus d’infos