Culture | 02.01.2015

L’Amérique latine se distingue dans l’animation

Texte de Tamina Wicky | Photos de DR
Plus uniquement destiné à  un jeune public, le cinéma d'animation s'adresse aujourd'hui aussi aux adultes et traite de sujets parfois graves. L'Amérique Latine se distingue par sa production florissante. Tour d'horizon.
Extrait du film Anina, de l'Uruguaien Alfredo Soderguit.
Photo: DR

Rares sont aujourd’hui les festivals cinématographiques à  ne pas projeter de films d’animation. Le festival FILMAR en America Latina, dont la 16ème édition a eu lieu fin novembre 2014, a rejoint les rangs en inaugurant la section FILMARcito, un nouveau programme à  destination des enfants et familles. Si l’Amérique Latine est surtout célèbre pour ses séries télévisées, le continent n’est pas en reste concernant le cinéma d’animation. Petit voyage à  travers les productions sud-américaines.

 

En Argentine, ce genre a une longue tradition qui remonte au début du 20ème siècle. L’Argentin Quirino Cristiani (1896-1984)  a en effet réalisé le premier long-métrage de l’histoire de l’animation avec El Apóstol (70′). Les bobines de ce film ayant brûlé dans un incendie, il n’est plus possible de le projeter aujourd’hui. Mais l’animation argentine actuelle se porte toujours bien, notamment avec Juan Pablo Zaramella dont le court-métrage Luminaris a remporté plus de 300 récompenses internationales.

 

Films brésiliens primés

Depuis quelques années, le Brésil joue aussi un rôle important dans le cinéma d’animation latino-américain. Le festival Anima Mundi, lancé en 1993 à  Rio de Janeiro, est devenu le plus important festival d’animation en Amérique Latine. Dans son sillage, les réalisateurs de films d’animation brésiliens ont été récompensés dans des festivals internationaux. Par exemple, le Festival international du film d’animation d’Annecy a récompensé un film brésilien lors des éditions 2013 (Rio 2096 : Uma história de amor e fúria) et 2014 (Le garçon et le monde).

 

Un genre réservé aux plus jeunes ?

En Uruguay, Alfredo Soderguit s’est fait remarquer lors de FILMAR avec son premier long métrage d’animation: Anina. Si la leçon de vie donnée par Anina et ses rêveries oniriques peuvent toucher petits et grands, le cinéma d’animation reste pour beaucoup un genre réservé aux plus jeunes.

 

Pourtant, depuis les années nonante et notamment grâce à  la célèbre série américaine Les Simpson, son public s’est élargi considérablement pour toucher des spectateurs adultes. La fin des années 2000 a vu la consécration de l’animation. Persepolis de l’iranienne Marjane Satrapi (2007) et Valse avec Bachir de l’israélien Ari Folman (2008) ont définitivement montré qu’un dessin animé n’était pas forcément un divertissement pour enfants, mais qu’il pouvait traiter de sujets tels que la guerre ou la culpabilité avec autant de pertinence qu’un film.

 

Le film d’animation s’émancipe de la fiction

En Colombie, Camilo Botero va plus loin en mêlant animation et fiction dans son documentaire La gorgona, historias fugadas. Dans ce film, le réalisateur utilise l’animation pour raconter les évasions tentées par les détenus d’une île-prison, La Gorgona, qui a accueilli des condamnés pour homicide entre 1960 et 1985.

 

Au-delà  du sujet traité, le film interroge sur le rôle que peuvent jouer les films d’animation dans le genre documentaire. Si, habituellement, l’animation est associée à  la fiction, certains n’hésitent pas à  le promouvoir comme un support pour les documentaires. C’est par exemple le cas du suisse Patrick Chappatte. Le dessinateur de presse propose des reportages journalistiques entièrement dessinés, à  l’instar du film Liban : la mort est dans le champ qui parle du quotidien des habitants du Sud Liban infesté par les bombes à  sous-munitions.

 

Promis à  un bel avenir

Le film d’animation, semble donc promis à  un bel avenir tant journalistique que fictif. Si les superproductions nord-américaines éclipsent souvent les films des autres pays, il y a fort à  parier que d’autres scènes émergeront dans le futur. Et à  ce moment-là , il ne fait aucun doute que le sud du continent sera en première ligne.