17.12.2014

Mettre fin à  l’épidémie de sida d’ici à  2030

Depuis sa découverte en 1983 jusqu'à  maintenant, trois décennies se sont écoulées. Différents virages ont été pris dans la lutte contre le sida, que ce soit dans la prévention et dans le contrôle de l'infection. La prochaine étape est l'éradication du virus. Cette recherche contre le sida est active sur plusieurs fronts et oscille entre vaccin et guérison, croisant enjeux médicaux et politiques.
Le sida sera-t-il éradiqué en 2030 ?
Photo: © Sebastian Kaulitzki - Fotolia.com

Entre la découverte scientifique du VIH et sa guérison, le chemin est long. Mais de jour en jour, un rapprochement s’effectue progressivement. De récentes découvertes sur la compréhension du réservoir viral – les cellules infectées par le virus sous forme latente – fait avancer d’un pas vers la guérison fonctionnelle. En parallèle un vaccin se développe, «mais pour le moment, il n’est pas suffisament efficace pour être utilisé à  large échelle », indique le Dr Mathieu Rougemont, chef de clinique du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

 

Guérir, est-ce une réalité ?

«Guérir du SIDA est encore une musique d’avenir», exprime le Dr. Rougemont. Le procédé sera complexe comme l’explique le médecin: «Le remède serait une combinaison entre un traitement antirétroviral (voir Glossaire pour la définition des termes) et un un autre permettant d’activer les virus dans toutes les cellules du corps afin de les purger. La guérison serait fonctionnelle, les anticorps resteraient présents dans le système immunitaire. Mais actuellement, l’activation n’est que partielle, insuffisante pour diminuer le réservoir viral.»

 

En mars 2013, le magazine Transversal (littérature française consacrée à  l’actualité sur le sida) expliquait que face à  la guérison du VIH, deux concepts étaient discutés. Le premier: la suppression définitive et complète du virus de l’organisme. La seconde: la guérison fonctionnelle impliquant une charge virale dans le sang indétectable, sans traitement antirétroviral, et une absence de réplication du virus. Avec cette dernière solution, les cellules infectées inactives resteraient présentes, mais réduites.

 

Une projection vers l’avenir

Le remède salvateur du sida en phase de recherche, la lutte se matérialise essentiellement par la prévention et le contrôle du VIH, également hors des laboratoires, par le biais de la politique. La diminution de nouvelles contaminations par la prévention, l’inhibition de l’épidémie et le traitement des patients infectés font partie d’une volonté internationale d’enrayer l’épidémie d’ici 2030.

 

Le titre du rapport 2014 d’ONUSIDA est évocateur sur les objectifs: «Accélérer: mettre fin à  l’épidémie de sida d’ici à  2030». A cette occasion le directeur exécutif d’ONUSIDA, Michel Sidibé, déclarait : «Nous avons infléchi la trajectoire de l’épidémie. Nous disposons désormais de cinq ans pour la briser pour de bon, faute de quoi nous risquons un rebond incontrôlable». D’ici 2020, l’objectif est le 90-90-90 : 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur séropositivité, 90% des séropositifs ont accès aux traitements et 90% des personnes infectées et traitées atteignent une charge virale indétectable.

 

Une révolution médicamenteuse


En 1983, l’institut Pasteur publiait dans la Revue Science la première description du VIH, virus d’immunodéficience humaine. La trithérapie apparaît en 1996. Ce traitement médicamenteux associant trois principes actifs freinant l’évolution du virus, qui marque un tournant accompagné de contrastes entre les patients. Jacqueline Théraulaz, présidente de l’association SID’Actuel, déclarait à  24 heures dans l’édition du 1er novembre 2014: «Nous étions confrontés à  quelque chose de terrible : d’un côté, ceux qui ne supportaient pas le traitement et mouraient rapidement. De l’autre, ceux qui remontaient en flèche, revenant à  la vie». Une révolution dans l’approche de cette épidémie, certes ponctuée par des revers: le traitement était contraignant accompagné de nombreux effets secondaires et d’une médication conséquente. D’une condamnation à  mort, le VIH acquiert un statut de maladie chronique.

La trithérapie évolue, se quantifiant actuellement à  la prise unique quotidienne d’un comprimé avec des effets secondaires relativement limités et une espérance de vie comparable à  celle de la population générale. La trithérapie actuelle, plus puissante et moins délétère qu’auparavant, réduit la réplication du virus et abaisse la virémie jusqu’à  la rendre indétectable. «Lorsque le patient prend son traitement antirétroviral avec rigueur et que la charge virale est indétectable depuis au moins six mois, avec une absence d’autres maladies sexuellement transmissibles, le risque de contagion par la voie sexuelle est proche de zéro», explique le Dr Rougemont.

Un constat du comité d’experts helvètes de la Commission fédérale pour la santé sexuelle (CFSS) arrive en 2008 comme un pavé dans la mare. La communauté scientifique internationale craint que cette déclaration, baptisée Swiss Statement, soit préjudiciable à  la prévention. La Revue médicale suisse réalise un bilan deux ans après (en 2010) avec un constat optimiste: «Le Swiss Statement a pour mérite d’avoir encouragé des recherches pour des nouvelles méthodes de prévention avec un intérêt grandissant pour le traitement antirétroviral.»

 


 

Glossaire

Antirétroviral: Selon le Larousse, « se dit d’un traitement ou d’un médicament actif contre un rétrovirus. »

Rétrovirus: Virus à  A.R.N. dont la famille comprend notamment le VIH, qui provoque le sida (par opposition à  adénovirus).

Virémie ou charge virale: Taux de cellules infectées dans le sang

Guérison fonctionnelle: Le VIH est toujours présent dans le corps, mais à  niveau indétectable par des tests sanguins classiques