Culture | 02.12.2014

Le slam comme thérapie ?

Texte de Jorel Towa | Photos de © Valérie Baeriswyl
Du 28 au 30 novembre, le festival international de slam Lausanne Slam 3.0 avait lieu à  Lausanne. Après deux jours d'ateliers, tournois et scènes ouvertes, le troisième jour s'est enchaîné autour d'une table ronde. Le thème: le slam pour guérir.
Entre thérapie, échange et moyen d'expression, le slam se révèle être un art complexe.
Photo: © Valérie Baeriswyl

Le slam pour guérir ? Mais guérir de quoi ? Autour d’une table, cinq slameurs, dont son créateur Marc Smith, une psychologue et une maître d’enseignement à  l’Université de Lausanne ont argumenté sur le but mais aussi l’utilité du slam.

 

Le slam comme médiation de soin

Olivia Lempen, psychologue et art-thérapeute, pense que le slam doit être dit et lu. Dans ses ateliers, elle amène les patients à  réaliser un travail d’écriture «recevable sur scène». «Ceux pour qui la souffrance psychique a pris le dessus s’expriment d’une manière non recevable. Ce qui me semble intéressant avec le slam c’est la possibilité de rétablir une forme de communication.» Une communication qui a pu être rompue avec l’entourage et l’environnement. Mettre en forme quelque chose d’intime grâce au rythme et à  la sonorité représente alors une forme de thérapie dont le slam peut être le vecteur.

 

Pour Rouda, slameur et rapeur, le slam n’est pas un outil de guérison. Il a remarqué que, «malheureusement, les scènes slam étaient souvent la file d’attente d’un hôpital psychiatrique ou l’on peut assister gratuitement à  la consultation des autres». Il met donc l’accent sur la pratique artistique. Pablo Michellod, président de la fondation SLAAM (Société lausannoise des amatrices et amateurs de mots), va dans le même sens: «Même si les soirées slam ont parfois cette apparence, et qu’il peut être thérapeutique pour certains, le slam n’est pas une thérapie de groupe.» Dans cet art, l’aspect guérisseur peut même être à  double tranchant, conclut-il en citant Bernard Cadoux – «L’écriture permet-elle à  chacun de recoller les morceaux d’une identité perdue ou au contraire de multiplier ses doubles jusqu’à  se perdre ?»

 

Lieu d’échange

Le créateur du slam Marc Smith rejoint les deux avis. Il relativise: de ses trente années d’expérience, il a acquis une vision du slam comme un art à  la fois amateur et professionnel. Il a vu défiler des débutants qui n’avaient jamais parlé devant un public et d’autres qui travaillent très durement pour perfectionner leur art.  «C’est un endroit ou non seulement les performeurs mais aussi l’audience échangent leurs vies. Pour la plupart des performeurs sur scène, il y a un besoin d’être validé par une communauté. Quand on ressent cette valeur, peu importe ce qui se passe en nous, nous guérit et nous rend plus fort.»

 

Un espace d’expression

Mais l’aspect valorisé par l’ensemble des intervenants, public compris, est le slam comme moyen d’expression. Même s’il peut se révéler être une thérapie pour certains, le but de cette poésie brute reste malgré tout la recherche d’un idéal artistique. En fin de débat, un paradoxe est relevé par une intervenante: le slam comme moyen d’expression et le slam comme « vide-ordure ». Elle met en avant le fait que «face à  une personne qui se met à  nu sur scène, on peut avoir tendance à  sortir de la salle avec l’impression de s’être fait crier dessus. Mais quand le texte arrive à  prendre une forme artistique, une vraie communication s’effectue avec le public.»

 

Agé de trente ans cette année, le slam se voit être une discipline complexe. Considéré comme un art à  part entière, il peut y avoir une contradiction entre son utilité théorique – divertir – et sa pratique. En guise de conclusion, Marc Smith souhaite voir cette forme d’expression devenir universelle et moins subjective. Quant au maître de cérémonie, le slameur et romancier lausannois Cincentdouze, son seul regret est de ne pas avoir entendu l’évocation de ce qui le pousse à  assister aux soirées slam: l’émotion ressentie.