Sport | 22.12.2014

Gottéron selon Hubert Audriaz

A Fribourg, tout le monde connaît l'artiste. Mais de nombreuses personnes ignorent tout de ses relations avec son club de toujours : Gottéron. Rencontre avec un homme fascinant.
Hubert Audriaz, personnage central du documentaire "Ruelle des Bolzes", est également un grand fan du HC Gottéron, C'est notamment lui qui a créé la tête de dragon de laquelle sortent les joueurs fribourgeois.
Photo: "Ruelle des Bolzes"/B.L. Montage: R.P.

«Le hockey, c’est du plaisir, de la tolérance et du bon sens. Sans ces trois points fondamentaux, un joueur n’a aucune chance de devenir  un « grand » joueur.» Simple mais convaincante, cette phrase sort de la bouche d’un emblème du canton de Fribourg : Hubert Audriaz. L’artiste-peintre de 74 ans connaît par cŠ«ur les coulisses du HC Fribourg-Gottéron, pour les avoir fréquentés toute son existence, marquée par ce club mytique.

 

Après avoir suivi avec passion, encore enfant, les débuts du club, Hubert Audriaz a porté haut et fort les couleurs fribourgeoises 10 ans durant, avant de transpirer deux saisons en LNA sous le chandail biennois. Sa carrière de joueur achevée, il a immédiatement endossé le rôle d’entraîneur. Actuellement, le natif du quartier de l’Auge enseigne avec brio et volonté sa vision du hockey à  des jeunes entre 13 à  18 ans.

 

Engagé pour la jeunesse

«Je suis le seul actif non rémunéré à  Gottéron. En plus de 3 places assises que j’obtiens, mon plus beau salaire est de voir évoluer au plus haut niveau des jeunes que j’ai coachés !», se réjouit l’infatigable Hubert Audriaz. Jan Cadieux, Alain Birbaum, Sandro Brügger ou encore Tristan Scherwey ont ainsi progressé sous sa férule!

 

Pour ce septuagénaire, la clé du succès passe par une critique extérieure : «Il faudrait créer une commission d’anciens joueurs de Gottéron tels Montandon, Lüdi, Slava Bykov, ou encore l’actuel directeur sportif Raphaël Berger. Ces légendes qui ont marqué l’histoire du club pourraient apporter toute leur expérience et offrir de nombreux conseils aux jeunes joueurs !» Mais l’entraîneur regrette que «de nos jours, on en demande trop à  la jeunesse. On veut qu’ils soient toujours les meilleurs et qu’ils se sacrifient pour leur sport de prédilection. » L’homme à  tout faire de Gottéron insiste de son côté pour que chaque hockeyeur ait une formation, un « vrai » métier. «Quand tu mets fin à  ta carrière, tu n’es plus rien. Il ne faut pas croire que les gens vont encore te demander des autographes dans la rue.» Ces quelques mots sonnent secs, mais sont incontestables: une fois leur carrière achevée, les sportifs se font vite oublier.

 

Parmi ceux qui évoluent sur la glace en ce moment, il y en a un qui plaît particulièrement au senior: Beni Plüss, 34 ans. «Il se donne à  200% à  chaque match et se bat sur tous les pucks. En plus de cela, il réalise une saison extraordinaire, même si, à  mon avis, on ne juge pas un joueur sur ses statistiques. En NHL, on ne se fie pratiquement qu’à  ça.» Hubert Audriaz estime que les statistiques du club seraient autrement plus intéressantes que les statistiques personnelles !

 

Au four et au moulin

Les jours de match, le plus ancien joueur de Gottéron en activité est au four et au moulin : il s’occupe non seulement du dragon – qu’il a créé lui-même ! – hors de la gueule duquel les joueurs font leur apparition sur la glace, mais aussi des topscorers. Certains joueurs le considèrent comme le motivateur de l’équipe. «Il faut toujours être prêt à  tendre la main à  qui en a besoin. Dans la vie, on apprend plus en donnant qu’en recevant ! », souligne-t-il à  juste titre. L’homme s’occupe aussi de faire découvrir la ville de Fribourg aux joueurs étrangers et à  leurs familles. «Fribourg, ce n’est pas qu’une patinoire. Il faut montrer aux joueurs toutes les aspects de cette superbe ville !»

 

Même s’il se démène énormément pour son club de cŠ«ur, la vie d’Hubert Audriaz ne tourne pas uniquement autour du hockey. L’inlassable septuagénaire crée également de nombreuses activités en plein air destinées aux enfants. «Je trouve dommage qu’actuellement, les jeunes passent plus de temps sur leurs consoles qu’à  jouer avec leurs copains. A mon époque, tout le quartier était pauvre, on vivait dans la misère, mais on était épanouis. La misère d’aujourd’hui est la solitude ! »

 

Hubert Audriaz est un homme simple, agréable et jeune dans sa tête. «Je pense comme un gosse !», reconnaît-il en souriant. Le bonhomme n’ignore pas qu’il est connu dans tout le canton de Fribourg. Se faire saluer dans la rue «ne change pas sa vie», dit-il, mais on sent à  ses paroles et à  ses yeux remplis de passion qu’il se complaît dans le jeu de la popularité.

 

 

 


«Gottéron doit cracher le feu!»

 

Le sportif, ancien joueur au HC Gottéron s’exprime sur la saison actuelle du club, après la défaite de Fribourg face à  Davos mardi soir.

«Gottéron a connu un passage à  vide. Ceci arrive dans toutes les équipes, et ne doit pas donner lieu à  de quelconques inquiétudes.», rassure-t-il. Malgré cela, il sent qu’il leur manque le petit quelque chose qui fait toute la différence. «Le départ de Shawn Heins a laissé un grand vide, un vrai « patron » fait défaut à  l’équipe.  Gottéron a perdu cette rage de vaincre qui faisait sa force ! Le club doit cracher le feu comme le dragon, et se battre à  la manière des gladiateurs ! », insiste l’artiste, qui pense que l’erreur des dirigeants était d’annoncer comme objectif le titre de champion de Suisse. «Il faut être modeste, le hockey n’est pas une science exacte. Se fixer comme but une place en playoffs aurait été clairement plus intelligent !» En effet, les attentes haut placées du président ont fait rêver le public fribourgeois, qui s’attend à  des performances exceptionnelles.

 

«Gottéron est un grand club. Ils se sont donnés les moyens pour le devenir, et ils y sont parvenus. Pour être considéré comme un grand club, il faut avoir une histoire, et un public. L’argent ne fait heureusement pas tout !», se réjouit l’homme à  la longue chevelure. Il dévoile ensuite ses prévisions pour la fin de la saison. «Zürich est sur le bon chemin pour décrocher le titre. Je verrais bien Lugano, Davos, Kloten et Fribourg en outsiders», pronostique Hubert Audriaz, qui n’évoque pas le champion sortant Berne ou la surprenante équipe tessinoise d’Ambri-Piotta. «Gottéron possède en revanche une arme redoutable : son public ! Depuis la création du club, les fans ont toujours été présents. Gottéron ne pourra pas être sacré sans l’appui de ses supporters ! »

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