Culture | 27.11.2014

The Rover: chronique d’une mort annoncée

The Rover était une des bonnes surprises du festival Tous Écrans qui s'est déroulé du 6 au 13 novembre à  Genève. Faiblement distribué en Europe, ce long-métrage est intéressant à  plus d'un titre. Le festival était l'occasion parfaite pour le (re)découvrir.
En apparence, tout oppose Eric (Guy Pearce) et Rey (Robert Pattinson).
Photo: The Rover -“ The Movie Fansite.

[Cet article dévoile de larges pans de l’intrigue.]

 

 

Quatre ans après son excellent premier long-métrage qui traitait d’une famille de criminels (Animal Kingdom), le réalisateur australien David Michôd rempile pour un deuxième essai très concluant avec comme acteurs principaux Guy Pearce (Memento, L.A. Confidential, Prometheus) et Robert Pattinson (Twilight, Cosmopolis), respectivement Eric et Rey. Film d’anticipation, The Rover propose une lecture intéressante d’un système effondré et de ses logiques sous-jacentes. Retour sur une métaphore fataliste et potentiellement visionnaire d’une faillite en marche: celle d’une société de consommation poussée dans ses derniers retranchements.

 

 

«Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien»

 

Le twist final révèle l’enjeu scénaristique du long-métrage. En Australie, dans un contexte d’effondrement économique (10 ans après, selon la phrase introductive du film), un homme solitaire et brutal (Eric) – tueur implacable de surcroît – s’acharne à  récupérer sa voiture volée dans laquelle repose le cadavre de son chien qu’il veut enterrer. Sa route croisera celle d’un léger attardé mental (Rey) qu’il contraindra à  l’accompagner. Absurde quête obsessionnelle en apparence, elle ouvre néanmoins le champ à  ces deux personnages principaux symbolisant chacun (grossièrement) les caractéristiques d’une logique économique opposée, tout comme leur caractère respectif. Eric est déshumanisé, calculateur et individualiste. Rey est plutôt empathique, altruiste et attaché à  sa famille (le noyau familial, tissé de liens affectifs, peut être compris comme le dernier rempart face à  la marchandisation galopante). L’idéologie libérale opposée au socialisme, en somme.

 

 

 

Bien que le fonctionnement antagonique de deux personnages que tout oppose soit largement vu et revu au cinéma, il s’écarte ici d’une construction manichéenne et nuance les rapports entre ces derniers. Un schéma dominant-dominé se met en place au début du film, jusqu’à  sa progressive transformation vers un état d’équilibre « d’égal à  égal ». Ainsi, Eric tire Rey de situations fâcheuses au début de leur rencontre, toujours dans un but purement égoïste (celui de retrouver sa voiture, vraisemblablement volée par le frère de Rey). En revanche, arrivé à  la moitié du film, c’est au tour de Rey de sauver Eric, capturé par une milice. Complètement altruiste, son acte est motivé par la seule affection qu’il lui porte. Etonné par ce geste, Eric retrouve petit à  petit une part d’humanité: il prend soin de Rey, littéralement. La mort de Rey, en toute fin, laissera Eric en larmes et confirmera l’attachement réciproque.

 

 

 

Un pas peut être franchi dans l’interprétation: le système actuel s’effondrerait dans un avenir plus ou moins proche, qu’importe les efforts déployés pour l’en empêcher (nouveaux concepts économiques, changements des comportements,…). Et bien que les deux logiques économiques soient intégrées à  un système qui a depuis longtemps implosé, la mort de Rey symboliserait en plus l’échec d’une logique socialiste, tandis que la survie d’Eric pourrait être perçue comme le « triomphe » d’une logique libérale. L’interprétation est personnelle, les raccourcis peut-être faciles, le constat également. Néanmoins, The Rover a le mérite d’offrir une profondeur d’analyse inattendue et bien venue.