Culture | 30.11.2014

Le rouge du Diable

Texte de Leticia Torreiro | Photos de FILMAR
Tink.ch a assisté ce vendredi au Grütli à  l'adaptation cinématographique de l'S«uvre littéraire "Del amor y otros demonios" de Gabriel García Marquez. Ce long-métrage à  la photographie exceptionnelle met en scène la rencontre d'une noble jeune fille et d'un pieux prêtre dans la cellule d'un couvent.
"Del amor y otros demonios" était un des films très attendus de la 16ème édition de FILMAR en América Latina.
Photo: FILMAR

Soirée particulière vendredi soir au Grütli: le festival FILMAR en América Latina a rendu hommage au prix Nobel de littérature Gabriel García Marquez. Pendant plus d’une heure et demie, les spectateurs se sont plongés dans le long-métrage Del amor y otros demonios. Basé sur l’Š«uvre littéraire du Colombien Gabriel García Marquez, surnommé « Gabo », et réalisé par Hilda Hidalgo (Costa Rica), le film raconte l’histoire de la jeune Sierva María.

 

Fille d’un noble espagnol installé à  Cartagena (Colombie) pendant la colonisation espagnole, sa vie est chamboulée un après-midi lorsqu’elle se fait mordre par un chien sur la place du marché. L’Eglise décide d’utiliser cette attaque pour rapprocher Sierva et sa famille de la religion. Par peur et par soucis pour sa fille, le père de Sierva décide de la confier à  un couvent. Jugée possédée, elle est enfermée dans une cellule et attachée à  un lit. Un jeune prêtre, assistant de l’évêque de Cartagena, devient responsable de Sierva. Au fil des rencontres quotidiennes naît un amour interdit entre un homme fidèle à  Dieu et une jeune fille possédée par le Diable.

 

Tendresse et religion

Sierva parle très peu, mais communique beaucoup par le regard et le touché, surtout avec le prêtre Cayetano. Des scènes très tendres entre les deux personnages parsèment le film. Des moments silencieux de découvertes pendant lesquels une grande place est laissée à  l’émotion. En parallèle, la magnifique musique ajoute de la force aux images. Les larmes sont difficilement contrôlables.

 

Parallèlement à  son éducation par les domestiques de la maison, Sierva a également été initiée aux rites religieux des locaux. Elle porte d’ailleurs de longs colliers de coquillages qui portent chance. Paradoxalement, elle désigne le prêtre Cayetano de « sorcier ». Ce dernier est d’ailleurs très critique envers sa propre institution. Il fera tout pour sauver Sierva qu’il sait ne pas être possédée. Il ira même voir un médecin, jugé païen par sa propre Eglise, pour confirmer que la jeune fille n’a pas la rage, maladie du démon. La critique envers la religion prend dans Del amor y otros demonios toute sa force: le prêtre remet catégoriquement en cause les règles religieuses.

 

Un esthétisme pictural

De longs cheveux rouges bouclés, un teint pâle et des traits délicats: Sierva María ne laisse pas indifférent. Le long-métrage fait preuve d’un esthétisme très soigné à  travers des plans figés qui, à  certains moments, rappellent de célèbres peintures du XVe siècle. Sierva ressemble étrangement à  Vénus dans le tableau La naissance de Vénus de Boticelli. Le temps défile tranquillement, le spectateur a le temps d’analyser chaque détail des images projetées. Comme si on analysait un tableau. Des images agréables à  regarder, le tout couplé à  l’impressionnante intrigue de Gabriel García Marquez. La réalisation d’Hilda Hidalgo ne laisse pas insensible.